La poursuite de l'amour, roman de Nancy Mitford
La récente lecture de la biographie de la famille Mitford m’a donné l’envie de découvrir le premier roman de Nancy, la fille aînée, devenue une écrivaine célèbre qui passa une grande partie de sa vie en France.
Naturellement c’est un roman … mais qui s’inspire, avec beaucoup de verve et un grand nombre de notations vachardes et de portraits cruels mais souvent très drôles, directement inspirés de sa famille aristocratique, riche, totalement éclectique dans ses opinions.
/image%2F1371293%2F20260627%2Fob_d4874b_nancymitford.jpg)
La narratrice est Fanny, née en 1904. Elle raconte le destin totalement inattendu de sa cousine Linda, qui a le même âge et dont elle est intime. En réalité, l’autrice décrit une série de personnages composés de plusieurs traits de caractère de ses proches, à la manière d’un puzzle … ce qui est bien une manière anglaise, l’objet inventé en 1766 !
Quand on a en mémoire la biographie de la famille Mitford on saisit un certain nombre de clés.
Le personnage principal est donc Linda, superbe jeune femme mais totalement dénuée d’intelligence – en matière de cœur en tous cas – qui se jette au cou de Tony, un jeune homme apparemment bien sous tous rapports mais qui s’avère rapidement « un geai vêtu des plumes du paon ». De cette union naît Moïra, dont la mère se désintéresse immédiatement.
Après deux divorces – Linda s’est ensuite entichée d’un idéaliste communiste qui l’entraîne avec lui faire le coup de feu en Espagne – elle rencontrera le grand amour à Paris avec un duc mondain amateur de femmes, proche compagnon du général de Gaulle, qui ne l’épousera jamais et mourra au combat. Chacun sait que Nancy Mitford vécut une longue idylle avec Gaston Palewski.
/image%2F1371293%2F20260627%2Fob_8135e6_gastton-palewski.jpg)
Le personnage de Linda est donc un patchwork des personnalités de sa sœur Jessica et de Nancy/Fanny elle-même …
Une chronique des années de l’entre-deux guerres au sein de la haute société britannique, où l’on professe le plus grand mépris vis-à-vis des « grenouilles » (les Français), et où on s’attend à voir surgir les Allemands, avec des portraits au vitriol comme celui de l’oncle Mattew, tyran domestique, ou au contraire bienveillant comme celui de Davey, l’inénarrable hypocondriaque qui a épousé sur le tard la tante Emily.
Une lecture sans doute surannée mais qui évoque le temps des bals comme dans la saga des Bridgerton, où les débutantes entrent dans le monde, puis l’angoisse de la guerre et les rigueurs du rationnement et des bombardements.
Avec une analyse fine de la psychologie des jeunes filles et femmes de cette époque troublée. Cela ne heurte nullement les lecteurs d’aujourd’hui, mais il en fut sans doute autrement au moment de la parution de cet ouvrage en 1945.
La poursuite de l’amour – The Poursuit of Love - roman de Nancy Mitford traduit de l’anglais par Daria Olivier – édition 10/18, 254 p., 8,30€.