La joie de vivre, roman d'Emile Zola (1884)
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Avec ce douzième épisode (sur vingt) des Rougon-Macquart, je termine la lecture dans le désordre de cette incroyable saga, avec ce roman intitulé – sans doute par antiphrase - « La joie de vivre ».
Peu cité parmi les titres emblématiques de la série, publié en 1884 entre Germinal et Au bonheur des dames, ce n’est pas et de loin le plus célèbre des épisodes et il ne figure pas parmi les plus grosses ventes de l’auteur. Et c’est dommage.
Il met en scène un personnage particulièrement attachant, une femme incarnant la bonté héroïque, loin de toute mièvrerie religieuse, et cependant sorte de sainte laïque, figure de l’abnégation et du renoncement par amour.
Pauline Quenu est née en 1853. C’est la fille de Lisa Macquart, la charcutière du Ventre de Paris. A la mort de ses parents emportés par le choléra, elle est confiée à neuf ans à son oncle et tante Chanteau, qui vivent dans un petit village normand battu par la mer, Bonneville. Son avoir – une fois le patrimoine de ses parents vendu - est assez conséquent pour lui permettre, non seulement de régler à ses tuteurs une pension mais de lui assurer de confortables rentes dès qu’elle aura atteint sa majorité.
Dans cette famille, il y a donc l’oncle, perclus de goutte et geignant en permanence, Madame Chanteau, qui regrette les mauvaises affaires de son mari qui la contraignent à vivre dans ce village isolé, Véronique, la bonne acariâtre et surtout Lazare, le fils bachelier âgé de dix ans de plus que Pauline, sans oublier le vieux chien et la chatte.
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Madame Chanteau lorgne naturellement sur les rentes de Pauline et imagine la marier à son fils adulé, même sans attendre la majorité de Pauline. Entre-temps, elle soutire à la jeune fille de fortes sommes pour investir dans les entreprises aussi hasardeuses que fantasques de Lazare, jeune homme velléitaire, inconstant, fainéant et perturbé : il est hanté par l’idée de la mort, alterne les périodes d’exaltation sur des projets fumeux – mais dispendieux – et les phases de profonde dépression.
Pauline est une enfant puis une jeune fille vaillante, solide, mâture et généreuse. Elle devient le rayon de soleil de cette maison et, naturellement, tombe amoureuse de Lazare. Mais alors qu’elle atteint ses dix-sept ans apparaît Louise, fille d’un ami banquier de Monsieur Chanteau parrain de Lazare, qui vient passer un mois de vacances chaque année à Bonneville.
Après avoir siphonné avec son accord plus de la moitié du capital de sa « protégée », madame Chanteau va jeter Louise entre les bras de son fils, au grand désespoir de Pauline. Cependant, celle-ci se rend compte que Lazare sera sans doute plus heureux marié à cette jeune fille plus élégante et fantasque et surtout plus à même de lui assurer un train de vie meilleur que le sien et, par amour pour lui, accepte de laisser la place.
C’est à nouveau l’analyse d’une enfant puis d’une jeune femme pleine de bon sens (comme dans Une page d'amour) et de générosité, dévouée au-delà de son propre intérêt et qui n’attend aucun retour. Zola montre ici à quel point il dissèque l’âme humaine, aussi bien au plus profond de la psyché d’une adolescente que de celle d’un jeune homme dérangé, inutile, qui rate toutes ses entreprises … et même très rapidement son mariage.
Paysages battus par la tempête, description des misères noires des enfants massacrés par des parents détruits par l’alcool, rapacité d’une mère qui ne se résout pas à la déchéance sociale et sans scrupules envers l’enfant qui lui a été confiée. Un huis clos intemporel dont on imagine rapidement l’issue tragique … malgré la figure rayonnante de Pauline … un ange au milieu de démons.
La joie de vivre, roman de d’Emile Zola, publié en 1884.