Les sœurs Mitford, biographie par Bertrand Meyer-Stabley
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Avant même d’avoir ouvert ce livre, le lecteur est captivé par les portraits de ces six jeunes femmes : sublimes beautés à la ressemblance frappante – surtout le dessin de la bouche - l'élégance aristocratique britannique dans toute l’acception du terme … Une fratrie exceptionnelle de sept enfants, car le troisième personnage en fut un garçon … une série de personnalités d’exception « où l’excès, le scandale et l’éclat tenaient lieu de sport national. »
Pour ma part, je ne connaissais de cette famille que deux sœurs : Diana et Unity, de parfaites contemporaines de mes propres parents. J’avais croisé leur trajectoire en étudiant les sources du nazisme et à cause de leur proximité avec Hitler. Pas vraiment une bonne entrée en matière, hélas.
L'ouvrage nous livre ici l’autobiographie à 360° de toute une famille. Aristocrates un peu désargentés mais conscients de leur place dans la société – leur père David siège à la chambre des Lords - cousins de Winston Churchill, leur mère Sydney est elle aussi fille de député et très belle, élancée, naturellement élégante.
Le couple donne naissance successivement Nancy en 1904, Pamela en 1907, Thomas en 1909, Diana en 1910, Unity en 1914, Jessica en 1917 et Deborah en 1920.
Toutes brillantes et même parfois scandaleuses, toutes assumant leurs convictions, toutes sauf une, mariées, toutes sauf une, divorcées … Il faut se replacer dans le cadre de la haute société de ce temps, où la seule « carrière » d’une jeune fille était de se marier selon des codes immuables de sa caste.
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Or, chacune de ces femmes a choisi d’exercer sa liberté dans des voies particulièrement difficiles, voire périlleuses. Et certaines y ont largement réussi.
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L’aînée Nancy est devenue une écrivaine célèbre, amoureuse de la France où elle a vécu une grande partie de sa vie. Paméla a préféré se consacrer à la vie rurale.
Diana et sa sœur Unity ont milité au sein du parti fasciste anglais, Diana épousant Sir Oswald Mosley (ci-contre) , son leader – ce pourquoi ils furent emprisonnés pendant la guerre - tandis qu’Unitiy fréquentait assidûment Le Führer.
Jessica, elle, s’enfuit avec son amant en Espagne pour combattre dans les rangs des brigades internationales avant de s’installer aux Etats-Unis pour continuer avec ardeur son engagement communiste.
Seule Deborah fut en conformité avec les valeurs de sa classe sociale en épousant Andrew Cavendish, duc de Devonshire. Elle est renommée pour avoir sauvé le palais de Chatsworth – le Versailles anglais - de la déréliction.
Des femmes au tempérament de feu, d’une sincérité absolue, fidèles dans leurs idées comme dans leurs engagements – l’une d’elles allant jusqu’à se donner la mort, mais se ratant – toutes douées d’un réel talent d’écriture.
C’est aussi le cas de leur biographe, qui, à travers leurs sentiments parfois opposés mais restant en relations épistolaires, livre ici une analyse de l’ambiance de l’entre-deux-guerres où une partie de la jeunesse intellectuelle anglaise est tiraillée, après l’hécatombe de la Grande guerre puis la crise de 1929, entre la volonté d’apaisement vis-à-vis d’Hitler et la clairvoyance d’avoir à le combattre.
Une tranche d’histoire européenne bienvenue, étayée par une documentation sérieuse, avec en prime la flamboyance de cette extraordinaire sororité.
Les sœurs Mitford, six femmes dans la tourmente, biographie(s) par Bertrand Meyer-Stabley, édité chez Bartillat, 310 p., 22,90€.