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Journal de bord d'une grand-mère grande lectrice et avide de continuer à apprendre, de ses trois filles et de ses 6 petits-enfants.
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18 mai 2026

Hadamar, roman d'Oriane Jeancourt-Galignani

 

Allemagne, été 1945. Frantz Müntz, journaliste opposant au nazisme et rescapé de quatre années à Dachau, revient dans sa petite ville de Lügendorf, au cœur de la Hesse – entre Francfort, Giessen, Cassel, Marbourg … Une région que je connais puisque j’y ai passé jadis plusieurs étés à tenter de mieux maîtriser la langue de Goethe …

Frantz cherche à retrouver la trace de Kasper, son fils, âgé maintenant de 22 ans, la seule famille qui lui reste. Il se rend à la mairie où il rencontre le commandant américain des troupes d'occupation Wilson, un texan joueur de hautbois avant la guerre, d’origine juive et frère d’une jeune malade mentale, qui l’aide à retrouver son fils moyennant l’écriture d’un reportage sur l’établissement psychiatrique de la ville voisine d’Hadamar, où fut perpétré  l’« Aktion T4 ».

Le processus d’anéantissement des handicapés physiques et mentaux de tous âges, ainsi que des enfants nés d’un parent juif. Comme dans cinq autres hôpitaux en Allemagne, et qui provoqua jusqu'en août 1941 entre 70000 et 80000 morts.

Dans ce pays en plein chaos, Frantz va retrouver son fils avec l’angoisse d’apprendre qu’il aurait participé à cet assassinat de masse … on ne parle pas encore de crime contre l’humanité. Wilson rassemble, avec l’aide de Frantz, les éléments à charge du procès qui jugera les responsables et en particulier ceux du directeur de l’hôpital, du médecin chef et de la chef infirmière.

Oriane Jeancourt-Galignani a choisi la fiction romanesque pour aborder ce pan de l’histoire du nazisme – les premières réalisations concrètes de la tuerie industrielle – peu souvent évoqué. Et surtout tenter de répondre à la question lancinante : comment ce peuple allemand, si cultivé, si policé a-t-il pu sombrer dans le nazisme et l’adoration aveugle d’un « guide » tel qu’Adolf Hitler.

 

 

Sans lui trouver aucune excuse, la description des réunions de propagande électorale éclaire en partie le sujet. Et aussi, comment la population a continué à croire, à espérer en la victoire finale, pourquoi ils sont restés … Car ils ne pouvaient pas ne pas savoir, ne pas voir ces bus gris qui emmenaient les victimes vers l'hôpital, ne pas sentir la fumée s'échappant de la cheminée ....

« Nous ne pouvions rien faire de toutes façons pour empêcher tout ça d’avoir lieu. C’était installé, vous voyez … déclare un responsable. » Terreur d’un régime totalitaire.

Frantz incarne ainsi la malédiction de l’homme, quoi qu’opposant, mais qui n’a pas su se désolidariser des siens, quitter son pays quand il était encore temps. Malgré les souffrances endurées pendant ses quatre années de camp, il en ressentira la culpabilité toute sa vie et le remords de son inscription jadis de Kasper, enfant fragile, aux Jeunesses hitlériennes, pour le mettre à l’abri de la persécution du fils d’un opposant.

Un roman d’une tristesse infinie, une analyse pleine de tendresse des personnages positifs et pleine de hargne des bourreaux et de ceux qui ont laissé faire. Des références parfois poétiques, mais une description poignante des procédures de rassemblement des futures victimes puis de leur anéantissement, solution finale avant la lettre.

L’euthanasie des malades psychiatriques et handicapés mentaux était intitulée par les nazis « opération « Gnadentod », la mort miséricordieuse … Et ils y croyaient ?

 

Hadamar, roman d’Oriane Jeancourt-Galignani, édité chez Grasset (l’autrice figure parmi les noms des écrivains qui ont décidé de ne plus y publier), 285 p., 19€.

Commentaires
J
Merci pour cette référence bibliographique. Agréable journée
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