La fortune des Rougon, d'Emile Zola (1871)
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Lorsque je suis en panne de lecture – pas le temps d’aller à la librairie ou commande qui se fait attendre – je me reporte à mes collections d’œuvres complètes, acquises il y a plusieurs décennies, justement dans la perspective de ma retraite … et c’est ainsi que je reprends en mains un épisode de la « série » en vingt volumes des Rougon-Macquart, le chef d’œuvre de Zola.
Publiés entre 1871 et 1893, à raison pratiquement d’un roman chaque année, il m’en restait encore trois volumes à découvrir et, paradoxalement le premier, celui qui expose les origines de tous les personnages qui vont hanter les dix-huit années du Second Empire.
Tout commence donc avec Adélaïde Fouque, l’ancêtre et source des trois branches de cette famille où l’on côtoie le pire comme le meilleur. Née en 1766, fille épileptique d’un maraîcher relativement aisé, elle épouse à vingt ans le jardinier Rougon dont elle a un fils, Pierre Devenue veuve juste après la naissance de celui-ci, elle se met en ménage avec Macquart, un braconnier dont elle a deux autres enfants : Antoine et Ursule.
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Ce premier volume est centré sur Pierre Rougon et son épouse très entreprenante Félicité, son demi-frère chapardeur, aigri, bon à rien, violent et frustré, que Pierre refuse de racheter alors qu’il a tiré un mauvais numéro lors de la conscription, la demi-sœur vite mariée au chapelier Mouret. Ce sont les trois branches de cette famille aux multiples facettes, que l’on retrouve à tous les degrés de la société.
Trois intrigues s’interpénètrent dans ce premier opus : l’idylle tragique de Miette et Silvère Mouret, deux adolescents martyrs qui découvrent les premiers émois de l’amour, la laborieuse montée en épaisseur de Pierre, madré, avare, mal dégrossi mais finement manipulé par son épouse ambitieuse, sur fond de bouleversement politique : le coup d’Etat du 2 décembre 1851 et ses répercussions quelques jours plus tard en émeutes sanglantes, notamment en Provence.
La mécanique de l’information – et de la désinformation – la naïveté des républicains insurgés, la terreur des classes possédantes – noblesse divisée, clergé, commerçants et rentiers – des retournements de situation conduisent à l’échec de la révolte des Républicains et au ralliement des tenants de l’Ordre à l’Empire. Car la grande majorité des Français ont peur de la république "rouge", celle qui tente d'instaurer le droit du travail - pire : l'organisation du travail par l'association. (Marie-Hélène Baylac)
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C’est sans doute là le plus grand intérêt de cette histoire, plus encore que l’origine de la haine féroce qui étreint Pierre et Antoine, développée dans les épisodes suivants. On est sidéré de voir que toute l’architecture de cette saga familiale est déjà tracée par l’auteur, avant même la publication du premier jalon …
Une description sans fard de la vie d’une sous-préfecture de province, avec ses castes et ses stratégies de progression sociale. Les plus malins des protagonistes profitent au mieux de ces événements qui vont mettre à bas une république si mal engagée.
Il me reste encore deux titres à découvrir : La joie de vivre et Une page d’amour … ce sera pour plus tard ! Mais je suis très heureuse d’avoir découvert les origines de la saga.
Et entre-temps, je vais me documenter sur cette deuxième république si mal connue …
La fortune des Rougon, premier roman de la série des Rougon-Macquart d’Emile Zola, paru en 1871.