La peur du peuple, histoire de la IIème République par M-H Baylac
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Voici un livre d’histoire que j’ai dévoré comme un thriller … Chapitres courts, style fluide, références littéraires données dans le cours du texte, découverte d’une histoire largement ignorée pour moi : cette courte période placée entre deux émeutes sanglantes : la Deuxième République de 1848 à 1852.
Une république avortée, mais un véritable laboratoire politique, fondatrice pourtant de la démocratie française. Elle a mis en place les éléments essentiels de notre vie politique : le suffrage universel (mais masculin !), l’élection du président au suffrage universel direct et la théorisation de la spécificité française : la République présidentielle.
Elle commence par une guerre civile, insurrection du désespoir sur fond de crise économique et d’un chômage violent, guerre entre travail et capital, première grande bataille entre les classes qui divisent la société moderne. Une entrée douloureuse dans l'ère contemporaine, industrielle, urbaine et capitaliste.
Trois partis divisent la représentation nationale : les blancs, les rouges et les bleus qui s’affrontent sans ménagements dans la campagne électorale qui suit l’abolition de la monarchie de juillet.
Les rouges sont les communistes (Raspail, Proudhon), les socialistes (Pierre Leroux, Louis Blanc) et les démocrates sociaux (Ledru-Rollin). En face, les blancs ou parti de l’ordre : légitimistes, orléanistes, bonapartistes, ^pour une fois soudés par le refus d’une république socialiste (Molé, Thiers, Broglie, Falloux, Rémusat, Montalembert … Victor Hugo) et leur devise : ordre, propriété, religion. Au centre, les bleus : des républicains modérés (Lamartine).
Un paysage politique qui s’exacerbe après les élections du printemps 1949. Mais une fois encore, la révolution a abouti à une assemblée de notables, ingouvernable, jalonnée par la loi Falloux sur l’enseignement, la loi de 1850 restreignant le droit de vote (57% d’électeurs radiés à Paris !), les entraves à la liberté d’expression.
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Désabusée par la politique répressive menée contre elle par une république confisquée par les conservateurs, la masse ouvrière ne se mobilisera presque pas à Paris lors du coup d’Etat du 2 décembre 1852. A l’inverse, en province et surtout dans le midi, des colonnes de républicains déferlent sur les petites villes : ainsi, le coup d’Etat a fondé la fortune des Rougon … La répression contre les opposants sera efficace et terrifiante.
La stratégie subtile de Louis-Napoléon, laissant croire qu’il serait manipulable, son art de conquérir les foules par ses voyages et sa propagande largement diffusée et un programme d’expansion économique non dénué de préoccupations sociales qui lui assurent le succès, sans compter le légende de son oncle, omniprésente.
Le plébiscite des 21 et 22 novembre 1852 approuvant le rétablissement de la dignité impériale dans la personne de Louis-Napoléon Bonaparte réunit 78% des inscrits, avec un résultat de 96% de « pour ».
Lamartine écrit : « Les démagogues perdirent une nouvelle fois la démocratie. » et encore : « Le peuple n’est que du sable, on ne peut rien bâtir avec cela. »
Triste constat pour l’avenir, éclairage cruel sur notre paysage politique contemporain. Il est particulièrement de comparer les débats des députés d'hier et d'aujourd'hui ... Les fantasmes des uns et des autres demeurent !
La peur du peuple, Histoire de la IIème République 1848 – 1852, par Marie-Hélène Baylac, éditions Perrin, collection Tempus, 563 p., 10€