Bigmammy en ligne
Bigmammy en ligne
Bigmammy en ligne

Journal de bord d'une grand-mère grande lectrice et avide de continuer à apprendre, de ses trois filles et de ses 6 petits-enfants.
Voir le profil de Bigmammy sur le portail Canalblog

Newsletter
Archives
Derniers commentaires
20 octobre 2025

Les rois thaumaturges, essai de Marc Bloch (1924)

Marc Bloch, « soldat » en 1914-1918 et officier rempilant en 1939-1940, Juif persécuté, résistant capturé, torturé puis assassiné dans le dos par les Nazis en 1944, va faire son entrée au Panthéon en juin prochain.

Epoux et père de famille dévoué (six enfants), patriote engagé, l'historien médiéviste co-fondateur avec Lucien Febvre (et pour la deuxième génération, Fernand Braudel) de l’école des Annales, il n'a jamais été un savant coupé des réalités de son siècle de catastrophes.

 

On lui doit l’extraordinaire témoignage sur la bataille de France, tellement lucide et selon lui « écrit en pleine rage » : L'étrange défaite, paru en 1946.

Cette « Étude sur le caractère surnaturel attribué à la puissance royale particulièrement en France et en Angleterre » est un ouvrage publié pour la première fois en 1924. Gallimard vient de la rééditer sous forme de fac-simile. Un ouvrage savant, réservé à des chercheurs, mais qui constitue un jalon dans l’histoire anthropologique, tout à fait novatrice au début des années vingt. Ici, celle d’un miracle.

Deux précisions avant tout : la définition de « thaumaturge » signifie « qui fait des miracles » et celle des écrouelles : des abcès ganglionnaires ou adénites qui apparaissent le plus souvent à la surface du cou, plus ou moins suppurantes et sont, la plupart du temps des atteintes d’origine tuberculeuse. En fait, une maladie qui disparaît parfois spontanément au bout de quelques mois mais peut réapparaître sous une autre forme.

 

Le roi de France avait ainsi le pouvoir, par grâce divine et depuis le baptême de Clovis qui fut oint de l’huile sainte apportée dans une ampoule par la colombe du Saint-Esprit, puis quelques siècle plus tard également, le roi d’Angleterre, de guérir par simple contact de ses mains les écrouelles « Le Roi te touche, Dieu te guérit » ou « guérisse », la nuance est de taille.

Ce rituel devenu pendant des siècles une croyance universelle fut un thème de prédilection de la propagande royaliste en période de crise. Une manière de prouver la sainteté particulière de la Maison de France et la légitimité que les rois y exercent sur l’Eglise. Les tenants du Pape, évidemment, voient ce rituel comme « mensonge et rêverie ».

En Angleterre, ce merveilleux se manifeste aussi par la bénédiction des anneaux médicinaux, censés apaiser les crises d’épilepsie, les cramp-rings, complémentaire du toucher des écrouelles et incorporé au cérémonial de la maison royale anglaise depuis 1323.

 

Variante dans cette croyance : le pouvoir guérisseur n’était pas réservé au seul souverain sacré mais aussi aux septièmes fils d’une fratrie – sans naissance intermédiaire de filles – ainsi qu’aux reliques de Saint Marcoul, qui vécut au VI ème siècle en Normandie.

On reste médusé devant les chiffres des postulants à la guérison : des milliers provenants de tous les coins de l’Europe pour se faire "toucher" par le roi de France, des séances collectives pour près de mille personnes …

J'imagine que le seul fait d'être soudain en présence du souverain - people entre les peoples d'aujourd'hui - devait provoquer un choc auto suggestif auprès de nombre de ces malades ...

L’illusion collective perdura jusqu’au lendemain du sacre de Charles X en 1825. Même si on savait que la guérison ne se produisait pas ni tout de suite ni même plus tard. Car on avait tôt fait dans ce cas de prétendre que la foi du malade non guéri n’avait pas été assez profonde …

La décadence du miracle royal est liée aux progrès de l’esprit des Lumières, au moins dans l’élite, et aux efforts pour diminuer dans l’ordre du monde le surnaturel et l’arbitraire, éteignant ainsi progressivement le merveilleux.

Conclusion : un miracle existe à partir du moment où l’on peut y croire et disparaît à partir du moment où l’on ne peut plus y croire.

Et je pense aux fake news qui nous inondent de nos jours .... la naïveté des gens me rend songeuse ....

 

Les rois thaumaturges, essai de Marc Bloch (1924) Editions Gallimard, préface de Jacques Le Goff, 542 p.,37,50€

Commentaires
Pages
Visiteurs
Hier 881
Depuis la création 7 793 956