Un boeuf sur la langue ...
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Comme chacun d'entre nous, j'ai été choquée par le "casse" des bijoux du musée du Louvre intervenu dimanche matin. J'avais admiré en mars 2005 ces pièces maîtresses de l'art joaillier présentées en majesté dans la somptueuse galerie d'Apollon. Mon sentiment : la tristesse devant un tel gâchis.
Et puis, une série de réflexions. Depuis de nombreuses années, j’ai comme un bœuf sur la langue sur des sujets brûlants que je m’interdis d’évoquer.
Cette expression remonterait à l'Antiquité grecque, où l'on utilisait des pièces frappées d'un boeuf pour acheter le silence de quelqu'un. Selon une autre explication, cette pièce marquée d'un boeuf était si petite qu'on la gardait sur la langue pour éviter de la perdre, ce qui rendait la parole difficile. De nos jours, cela signifie se taire, rester discret, ne pas dévoiler ses opinions dans la mesure où la majeure partie des opinions est respectable.
J’évite donc d’évoquer les controverses qui agitent - parfois avec véhémence – notre classe politique déjà passablement perturbée (litote !). Cela ne signifie pas que je ne prenne pas parti pour telle ou telle déclaration, mais ma vieille expérience de l’histoire politique et de nos institutions m’incline à la prudence.
Mais aussi, il me revient une certaine frustration de ne pouvoir retrouver dans l’expression publique des solutions à certains de nos problèmes structurels récurrents.
Deux thèmes brûlants agitent nos responsables : le déséquilibre de notre système de retraites par répartition et la croissance de notre dette publique largement détenue par des investisseurs étrangers.
Je me souviens d’avoir il y a plus de 20 ans évoqué – sans aucun succès – une idée que la plupart des gens trouvaient saugrenue. Aujourd’hui, je me lâche …
Lorsque j’étais en activité, je recevais chaque année un relevé de mes points de retraite complémentaire gérée par l’AGIRC-ARRCO. C’est cet élément qui représente aujourd’hui la majeure partie de ma pension personnelle.
Pourquoi a-t-on repoussé le projet de remise à plat du système général en adoptant un système unique par points. On supprimerait ainsi le « couperet » de l’âge, chacun déciderait du moment opportun de sa retraite en fonction de sa satisfaction de continuer ou non, de son état physique et du montant de la pension. Et on pourrait aussi déplafonner le niveau des cotisations – pas forcément totalement – et ainsi faire cotiser davantage les salariés les mieux rémunérés.
Autre question : le poids de la dette. Personne n’accepte une diminution des aides publiques et chaque institution en réclame de nouvelles. Pour réaliser des biens immobiliers appartenant à l’Etat et inutilisés, les services qui en ont la charge éprouvent les plus grandes difficultés à les céder sur le marché.
A l'heure où tout un chacun est invité à revendre des objets ou vêtements inutilisés sur des sites de revente, pourquoi ne pas mettre aux enchères, avant que des malfrats sans doute missionnés, ne nous les dérobent, des œuvres d’art qui dorment dans les réserves des musées et ne seront jamais montrées au public ? Une question d’image ? Mais celle de nos déficits est déjà déplorable !
Une dette largement détenue par des fonds de pension étrangers et qui, de ce fait, nous fragilise ? Pourquoi ne pas lancer un grand emprunt « patriotique » afin de transférer l’épargne gigantesque des français (18% des revenus en moyenne) dans des investissements de croissance ? Certes, cela ne diminuerait pas le montant global de la dette mais la mettrait à l'abri d'une spéculation étrangère ou d'une notation défavorable ...
Il suffirait d’assortir cet instrument financier de quelques privilèges fiscaux (qui se souvient de la rente Pinay ?). J’imagine que les « grandes fortunes » auraient à cœur de rivaliser de générosité (cf. Notre-Dame) pour souscrire de grandes tranches de cet emprunt et le faire savoir. Et pas seulement les ultra-riches …
La France est un pays immensément riche mais qui vit sur ses acquis et qui désole ses jeunes générations et les décourage de faire des enfants.
Entrant dans ma 80ème année, mon angoisse sera brève … mais je suis inquiète pour les miens.