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Journal de bord d'une grand-mère grande lectrice et avide de continuer à apprendre, de ses trois filles et de ses 6 petits-enfants.
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28 avril 2026

Walpurgis, les révolutions de droite XIXème – XXème siècle, essai de Hamit Bozarslan

 

Depuis ces derniers mois, j’ai lu une vingtaine d’ouvrages publiés par la maison Passés/Composés et j’y ai appris une foule de choses … Mais cette fois, je dois avouer que mon outillage intellectuel dans les matières de sociologie politique, ethnologie, philosophie … et autres sciences humaines m’a fait défaut pour appréhender toutes les subtilités de ce livre … Voici ce que, très humblement, j’en ai tiré :

D'abord un foisonnement de références historiques et philosophiques complexes qui balaye le champ de l’histoire des idées politiques de l’époque des Lumières à nos jours. Des foules de citations et des extraits de discours de propagande déclamés avec force effets de manches devant des foules extasiées…

Walpurgis – la nuit des sorcières, mythe en grande partie païen - c’est très bientôt puisque c’est celle du 30 avril au 1er mai … ce mot a tout de suite évoqué en moi les cérémonies grandioses organisées par les nazis …

Jusqu’ici, le terme de révolution faisait référence à un concept de gauche, un mouvement d’émancipation et de libération. Les révolutions de droite sont tout au contraire des mouvements anti-libertaires et anti-égalité, d'un processus d’asservissement.

La thèse de l’auteur est de mettre en lumière le rôle de la Grande guerre dans l’émergence des révolutions conservatrices – en Italie, en Allemagne, en Espagne et au Portugal, en Turquie, en France sous Vichy, au Japon mais aussi, plus près de nous - en Russie, en Chine, en Europe orientale et même, sous une autre forme, aux Etats-Unis.

Le cataclysme de la Grande guerre, essentiellement européenne, a provoqué une vague de rejet des élites dirigeantes qui vivaient dans l’illusion que le positivisme politique ou le libéralisme conservateur/modernisateur avait encore de beaux jours devant lui.

Le rôle des intellectuels, le plus souvent dotés d’un capital intellectuel leur permettant d’interpréter le monde, est primordial dans ce glissement : ils peuvent ainsi troquer leurs facultés critiques contre des certitudes messianiques garanties par une cause ou un pouvoir révolutionnaire, et passer, comme en Italie en 1923, de gauche à droite après la marche sur Rome.

On observe ainsi le rejet radical de la démocratie égalitaire considérée comme une menace existentielle pour l’ordre naturel ou divin fait de hiérarchies et des états de droits et devoirs leur afférant.

Après la débâcle de 1940, la constitution de Vichy déclare que « La France doit comprendre et accepter la nécessité d’une révolution nationale, condition de son salut dans l’immédiat et gage de son avenir. » Selon Mussolini : « Un Etat incapable de se défendre n’a pas le droit d’exister. »

Les sources communes de ces révolutions conservatrices sont : la contre-révolution française, le mysticisme postromantique, le nationalisme corporatiste, le matérialisme biologique et le darwinisme social. Et tout tourne aussi autour de la notion de complot.

Sans oublier l’antisémitisme de cette droite révolutionnaire européenne du XIX ème et début du XX ème siècle qui se nourrit moins d’un antisémitisme chrétien (le peuple déicide) que de thèses conspirationnistes : refus de reconnaître l’égalité des Chrétiens et des Juifs, association entre judaïsme et capitalisme. Seul un pouvoir fort peut répondre à l’urgence apocalyptique du complot judéo-bolchevique contre la civilisation chrétienne.

 

La révolution est à la fois l’encadrement et l’identification à travers des insignes (les uniformes, les couleurs, les emblèmes), l’homme devient une simple composante au sein d’un même corps, le parti-milice, suivant aveuglément un homme providentiel, allant jusqu’à l’acceptation de l’immonde comme la participation à un crime de masse érigé en devoir moral.

Les nouveaux maîtres font montre d'une brutalité inédite, avec le projet d'anéantir les opprimés qui ne font pas partie de leur nation (chasse aux immigrés, aux minorités ...) comme les opposants et les "indignes de vie" au sein de cette nation.

L’auteur passe en revue les similitudes entre les différentes formes de ces révolutions conservatrices, jusqu'à certaines tendances qui apparaissent ça et là de nos jours … comme le virilisme et la haine des femmes. Je pense aussi au développement des mouvements évangélistes dans le monde d’aujourd’hui.

Néanmoins, dans sa brève conclusion, l’auteur nous laisse une lueur d’espoir : « le passé montre que chaque période d’obscurité a laissé la place à une nouvelle, pleine de grandes aspirations humanistes et démocratiques. »

Un dernier bémol : j’ai rarement lu un essai aussi sérieux comportant autant de fautes d’impression … c’est pénible !

 

Walpurgis, les révolutions de droite XIXème – XXème siècle, par Hamit Bozarslan, éditions Passés/Composés, 446 p., 26€.

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