Une autre histoire du luxe, essai de Emma Carenini
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Il s’agit ici non pas d’histoire mais d’une courte dissertation sur le concept même de luxe, examiné depuis les auteurs classiques jusqu’aux multinationales françaises, en passant par les querelles des philosophes des Lumières au XVIIIème siècle.
Le luxe : fruit de l’économie du paraître, moyen de rendre sensible aux regards d’autrui une supériorité de condition. Cependant, certains luxes sont passagers et deviennent communs avec le temps et les progrès technologiques : l’eau courante, la voiture …
Le luxe est-il moral ? Pousse-t-il à la croissance ou accroît-il les inégalités ? Accomplissement du désir, les biens de luxe seraient une source de plaisir suprême.
L’idée centrale de cet essai est l’expression d’un regret : celui du luxe de la beauté jadis mise à la portée de tous par l’aménagement de l’espace urbain accessible à chacun : beauté des édifices, parcs et jardins des palais aristocratiques ou royaux invitant à la promenade, somptuosité des églises – cathédrales gothiques ou églises baroques – collections privées ouvertes à la visite, une façon pour les plus riches d’affirmer leur légitimité en partageant la beauté de leurs richesses.
C’est donc une critique contre l’atonie de la fonctionnalité moderne qui a fait disparaître de l’espace public toute forme d’ornement, contre la laideur spectaculaire des zones d’activité, la tristesse lisse de l’architecture des équipements publics – gares, bibliothèques, bouches de métro. En cause, le manifeste de l’architecte viennois Adolf Loos (1910) « Ornement et crime », repris par Le Corbusier en 1920.
Sans aller jusqu’à la construction « à l’ancienne » sur ses terres par Charles d’Angleterre du quartier de Pounsbury, l’auteur plaide donc pour le retour d’une architecture plus ornée … dispensant à chacun un sentiment de bonheur diffus à travers la beauté.
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L’objet de luxe, lui, est différent de l’œuvre d’art. Il est habité par l’artisan qui l’a fait. Celui qui ne se donne pas pour norme ce qui fonctionne mais l’excellence, quel qu’en soit le temps et le coût que cela prendra.
Et pour lutter contre la contrefaçon, on s’appuie sur des marques. Au sommet du concept, des marques qui rendent leurs produits inaccessibles, même à ceux qui en ont les moyens – par exemple la maison Hermès et son contingentement strict de la distribution des sacs Birkin. Au risque de transformer ces objets en investissements conservés dans des coffres …
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Mais quelle fierté lorsque la mode, l'objet de luxe, devient archétype, comme Vuitton l’icône du voyage, même reproduit à des millions d’exemplaires, les contrefaçons produites à l’échelle industrielle devenant des éléments d’un langage esthétique commun.
On est loin de la querelle morale entre Voltaire qui voit le luxe comme moteur de l’économie et Rousseau pourfendeur d’un luxe corrupteur.
Une autre histoire du luxe, des thermes romains à LVMH, essai de Emma Carenini*, publié aux éditions Passés/Composés, 182p., 19€.
*Née en 1993, Emma Carenini est professeur agrégé de philosophie.