Bigmammy en ligne
Bigmammy en ligne
Bigmammy en ligne

Journal de bord d'une grand-mère grande lectrice et avide de continuer à apprendre, de ses trois filles et de ses 6 petits-enfants.
Voir le profil de Bigmammy sur le portail Canalblog

Newsletter
Archives
Derniers commentaires
22 juin 2026

La culture du féminicide, essai d'Ivan Jablonka

 

« Les films et les séries policières adorent les meurtres de femmes », ainsi commence cet ouvrage d’histoire, de sociologie, d’art et de civilisation. De quoi me culpabiliser, moi qui adore regarder les innombrables épisodes de « New York Unité spéciale »…

Ivan Jablonka, professeur d’histoire à la Sorbonne né en 1973, dissèque l’histoire des féminicides depuis la Bible et la Légende dorée jusqu’aux vidéos porno contemporaines, en passant par la chasse aux sorcières du moyen-âge, La huitième femmes de Barbe-bleue, les planches anatomiques de la Renaissance, Jack l’éventreur, les spectacles de Grand-Guignol, les films gore comme Massacre à la tronçonneuse, ceux d’Hitchcock ou Dario Argento  et les auteurs à succès comme le Marquis de Sade, Edgar Allan Poe, Emile Gaboriau … et pourquoi pas Jean-Christophe Grangé (c’est moi qui l’ajoute !).

« Nous sommes obsédés par les meurtres sexualisés, mais avec ambiguïté : nous savons que ces actes sont odieux, mais nous y sommes culturellement drogués. Comment en sommes-nous arrivés là ? »

 

 

Dès les premiers temps de notre civilisation, la cruauté des hommes est une réponse à celle dont les femmes sont censées avoir fait preuve : une réaction légitime à leur refus d’avoir des relations sexuelles avec eux. Avec trois séquences : sexualisation, meurtre, profanation du corps. Les hommes, eux se massacrent entre eux lors des guerres.

Au moyen-âge, la culture du féminicide se déploie sous l’égide de l’Eglise : on sanctifie les vierges et martyres, on brûle les sorcières. Le milieu du XVI ème siècle voit les progrès de l’anatomie (voir les dessins de Léonard de Vinci), la fabrication de poupées de démonstration en cire où les organes se démontent … surtout ceux de la femme. Plus tard, on se presse dans les amphithéâtres où se pratiquent les autopsies, on assiste aux séances du Professeur Charcot avec ses femmes « hystériques », on se rend à la morgue pour regarder gratuitement les cadavres de la nuit.

Au XVIIème et XVIIIème siècles, les féminicides abondent dans les contes : du petit chaperon rouge à Grisélidis, Peau d’âne et la Belle et la Bête. La curiosité féminine est toujours sévèrement punie. Les orgies et la cruauté de Sade, ce fils maudit des Lumières,  mettent en scène des aristocrates se transformant en bourreaux de jeunes filles vulnérables (Jeffrey Epstein ???).

Avec l’urbanisation au XIXème siècle, les disciplines familiales se desserrent avec l’essor des petits métiers. Le féminicide devient un fait-divers : une aubaine pour la Presse : viol, meurtre, mutilation, violation de sépulture, nécrophilie … (viols de Mazan ?)

Sans oublier le féminicide symbolique de la femme-automate montée et démontée par les hommes : les métamorphoses d'Ovide, Coppélia, Femme coupée en 2 dans les spectacles de magie, la femme devient objet de comédie, jusqu’aux poupées de silicone.

 

 

L’auteur précise que les pics de féminicides surviennent aux moments où certaines femmes obtiennent un peu de pouvoir. Il s’agit donc d’enrayer une « dérèglement » social, exprime une mise en garde voire une menace pour celles qui résistent, les Filles ultimes, les survivantes.

Paradoxe : les femmes aussi « consomment » des féminicides à travers les thrillers, films gore, séries policières, romans comme Cinquante nuances de Grey, vidéos pornos.

Comment ne jamais tolérer l’intolérable ? Comment changer le regard masculin ou « male gaze » : ce regard du mâle hétérosexuel qui nous est imposé par la culture dominante à travers le cinéma, le jeux vidéo, la publicité, la littérature.

Développer une contre-culture du féminicide à travers les arts ?

C’est pas gagné !

 

Une lecture décapante, éclairante, dérangeante, et cependant illustrée de multiples références artistiques, des arguments pour participer au démontage de cette culture qui tend à nous faire avaler les pires spectacles en nous faisant croire « qu’elles, les victimes, l’ont bien cherché ! »

Une culture qui ne doit rien à la vie moderne mais remonte à la nuit des temps.

 

La culture du féminicide, essai d’Ivan Jablonka, publié au Seuil, 228 p., 22€.

Commentaires
Pages
Visiteurs
Hier 783
Depuis la création 7 924 670