Histoire de la Corée, par Samuel Guex
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Condenser en 370 pages l’histoire de deux états antagonistes sur une période qui va du siècle de Périclès à nos jours relève de la gageure, gagnée par Samuel Guex, qui exerce son érudition à l’université de Genève.
Avant de commencer la trilogie coréenne de Ian Manook, je ne connaissais rien des racines de cette contrée, à part les dates de la guerre (1950 – 1953) qui vitrifia la partition de la péninsule, stratégiquement positionnée entre la Chine, la Russie et le Japon.
Et puis, j’ai visité la superbe exposition sur le royaume de Silla au musée Guimet … et réalisé que nous célébrons cette année le 140ème anniversaire des relations diplomatiques France-Corée ouvertes avec le traité d’amitié, de commerce et de navigation du 4 juin 1886.
L’histoire de la Corée est particulièrement complexe, « coincée » entre deux « baleines » Chine et Japon, plus la Russie toujours désireuse de se ménager des ports sur la mer libre. Les Coréens se targuent d’avoir préservé le meilleur de la civilisation chinoise et d’avoir été le principal vecteur civilisateur du Japon, selon l’auteur, et personne ne leur en sait gré.
Le nom de « Corée » est dérivé du nom de la dynastie Koryo (918 – 1392) – un vocable qui évite de prendre parti entre Han, la partie septentrionale et Chosun, le sud.
Au départ, après 400 ans de présence chinoise, il y eut un processus d’unification de Trois Royaumes (Koguryo, Paekche et Silla), qui se livrent à d’incessants conflits pour l’hégémonie de la péninsule. Le bouddhisme est introduit depuis le 6ème siècle, en même temps que le confucianisme. C’est par l’intermédiaire de migrants que ces croyances arrivent au Japon, ainsi que l’écriture chinoise.
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La société coréenne est très hiérarchisée en castes : depuis les « os sacrés », les « os authentiques » et les « têtes » … jusqu’aux sang-mêlés et les esclaves. La prééminence sociale est conférée à ceux qui réussissent les examens qui leur confèrent une sorte de noblesse et l’accès aux plus hautes fonctions administratives (des super énarques ?) … d’où une très grande place accordée à l’éducation … une obsession toujours prégnante aujourd'hui. Autre originalité de la société coréenne : la matrilinearité : on hérite de son statut par la mère ....
Après celle des Chinois auxquels elle verse tribut, la Corée subit au 13ème siècle les invasions mongoles qui l’obligent à participer à deux invasions du Japon. En 1592, le Japon envahit la Corée, qui résiste avec l’appui des Ming : 7 ans de guerres qui épuisent les belligérants, surtout face au péril mandchou – les Quing.
Le christianisme fait son apparition au 17ème siècle par le truchement des ambassades en Chine – les innovations présentées par les Jésuites font l’admiration des coréens. Les conversions se développent avant que la religion ne soit déclarée hérésie en 1785.
Luttes de clans, succession de souverains mineurs régentés par les « belles-mères », mécontentement des campagnes et des fonctionnaires, révoltes … C’est l’époque où les occidentaux font pression pour que la Corée s’ouvre au commerce, ce à quoi elle se refuse.
Rébellions militaires, coups d’Etat, interventions de la Chine et de la Russie, menace évidente du Japon … la guerre russo-japonaise se conclut en 1905 par la victoire de Tsushima et consacre le protectorat du Japon sur la Corée, base stratégique du Japon pour la conquête de la Chine à partir de 1937. Pour les coréens, c’est l’éradication de leur identité nationale, et leur enrôlement dans l’armée impériale. La capitulation de 1945 sonne brusquement la fin de la colonisation, qui laisse encore de nombreuses traces dans l’âme coréenne.
La proclamation de la République en septembre révèle l’affrontement entre les Etats-Unis et l’Union soviétique qui entre en guerre en août et occupe la moitié nord en quelques jours. Le front est gelé sur le 38ème parallèle et les deux Corées vont tomber chacune sous la férule de deux dictateurs, au nord une dynastie communiste et militariste et au sud un pouvoir nationaliste égrenant coups d’Etat en série, modifications de la constitution et affaires de corruption …
La dernière partie du livre est très claire sur la situation politique des deux Corées aujourd’hui : le retour à la démocratie à Séoul, l'expansion économique à l'échelle mondiale mais non exempte cependant de crises, le rayonnement culturel ...
La réunification avec le Nord obnubilé par l'arme nucléaire comme seule solution à la survie de la dynastie des Kim ne semble plus une priorité politique absolue pour le Sud, une démocratie minée par les querelles partisanes et face à un fossé toujours plus profond entre deux entités vivant dans des réalités radicalement différentes.
Histoire de la Corée (2023), par Samuel Guex, édité chez Champs histoire/ Flammarion, 376 p., 12€.