Le mystère de la porcelaine bleue, essai de Sébastien Pautet
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Je ne quitte jamais le musée Guimet sans aller faire un tour à la librairie. Cette fois encore, j’y ai découvert une perle …
Contrairement à une vision largement répandue d’une Chine particulièrement habile à dupliquer les techniques de l’occident, au XVIIIe siècle, la France des Lumières a mobilisé les réseaux jésuites établis en Chine pour observer, décrire et tenté de reproduire des savoir-faire inconnus en Europe.
Sébastien Pautet retrace cette collecte des connaissances, de la porcelaine à la soie en passant par la science des couleurs et des vernis, la manière de souder les plaques de corne pour la fabrication de lanternes, le séchage des grains …. Une entreprise soutenue par le pouvoir royal et menée par de véritables « espions » en soutane.
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Dès 1583, l’occident chrétien avait entrepris d’évangéliser la Chine avec la mission de François Xavier, Michele Ruggieri et Matteo Ricci.
La mission confiée aux jésuites : s’introduire à la cour de l’Empereur dans l’espoir d’obtenir sa conversion. Ces jeunes prêtres savants apportent avec eux des modèles d’engins de guerre, des instruments d’optique, des horloges et des cadrans, des objets scientifiques, des tabatières ainsi que leurs connaissances médicales et chirurgicales, leur savoir-faire d’architectes, hydrauliciens, verriers.
En échange, ils doivent fournir à leur pays d’origine des descriptions précises des technologies qui font la richesse de la Chine : en premier lieu, le secret de la porcelaine, des couleurs, vernis, laques noires, culture, tissage et teinture de la soie, fabrication du papier peint …
Une entreprise systématique de recueil de données par de jeunes séminaristes chinois et des missionnaires très curieux : François-Xavier d’Entrecolles, Pierre d’Incarville, Antoine Gaubil, Aloys Ko et Etienne Yang entre autres. Ces données sont rassemblées avec zèle par les hauts fonctionnaires royaux.
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Au premier rang, Henri-Léonard Bertin (1720 – 1792), contrôleur général des Finances de Louis XV qui s’attache à diminuer le grave déficit des finances publiques après la Guerre de 7 ans en favorisant la croissance de l’agriculture et des manufactures.
La collecte est cependant disparate, soumise à maints aléas de transport des mémoires en réponses aux questionnaires de l’administration royale comme des échantillons ou maquettes de machines, c’est une masse de données difficile à exploiter.
En dépit de l’ardeur déployée, aucune invention chinoise ne fut véritablement répliquée en Europe … mais a suscité parfois de grandes idées. Par exemple, l’analyse des techniques chinoises de stockage des grains – crucial problème de gouvernement en Chine comme en France – conduisent Pierre-Martial Cibot en 1769 puis Edme Béguillet à plaider pour le séchage des céréales par étuve, à l’instar du système de chauffage par le sol – le système chinois de l’estrade chauffante des maisons ou dikang – et encourage l’usage de la houille à la place du bois devenu aussi rare que cher. La production de houille, substitut le plus évident du bois, sera ainsi multipliée par 6 au cours du XVIII ème siècle.
Entre controverses savantes hyper françaises, un livre dense qui remet bien des pendules à l’heure sur la Chine considérée alors comme un peuple industrieux en ce qui concerne la mécanique, le labourage et le ménage des champs, avec une grande aptitude à l’imitation. Une analyse sans concession du processus de transfert des technologies et de circulation des savoir-faire : fragile, heurté, fait d’essais, de transformations, d’oublis, d’abandons, de réplications inabouties.
Pour moi qui suis passionnée d’archéologie industrielle, un ouvrage passionnant.
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P.S. : pour connaître la façon dont la France a redécouvert le secret de la porcelaine dure, lire la passionnante trilogie romanesque de Jean-Paul Desprat : Bleu de Sèvres,Rouge de Paris, Jaune de Naples
Le mystère de la porcelaine bleue, quand la France des Lumières espionnait la Chine, par Sébastien Pautet, édité chez Payot Histoire, 254 p., 21€.