Bleus, Blancs, Rouges, polar hsitorique de Benjamin Dierstein
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Un pavé de près de 800 pages qui illustre et complète, de façon romancée, cette Histoire du Milieu de Jérôme Pierrat que j’ai lue voici quelques jours … et dont je déplorais le silence sur les exploits de Jacques Mesrine … Car cette chronique noire de la fin des années soixante-dix en fait l’un de ses personnages éminents.
Un pavé qui se dévore, surtout lorsque comme moi, on a vécu cette période : la scène d’ouverture pendant les émeutes étudiantes de mai 68, et surtout les affaires judiciaires et politiques qui ont émaillé la fin du septennat de Valéry Giscard d’Estaing.
Ce livre est le premier opus d’une trilogie qui se déroule entre le 31 mars 1978 et le premier janvier 1980. Une époque dont je me souviens parfaitement des soubresauts politiques, d’autant plus qu’à cette époque, mon mari faisait partie du cabinet d’un ministre de Giscard et que nous connaissions Christian Bonnet, ministre de l’Intérieur, sénateur du Morbihan que avions rencontré à Vannes, lorsque Claude y était sous-préfet. Et bien entendu, nous étions lecteurs assidus du Monde et du Canard enchaîné.
A travers le parcours de plusieurs jeunes officiers de police frais émoulus de l’école de Cannes-Ecluse et selon l’affectation qu’ils ont choisie en fonction de leur classement de sortie, les destins varient du tout au tout. Travail d’investigation, planques interminables, prises de risques lors des opérations de capture de délinquants, mise en danger lors d’infiltrations en milieu hostile.
C’est l’époque des attentats et des enlèvements, des organisations terroristes issues de groupuscules anarchisants, dédiés à la destruction de la société capitaliste et colonialiste : depuis les Comités d’Actions Lycéens jusqu’aux Brigades Rouges et à la bande à Baader en passant par Action Directe, l’OLP et son adversaire le FPLP qui ne pardonne pas à Giscard sa protection d’Arafat, le FNB et le FLNC en passant par les GARI basques, les magouilles africaines qui financent tous les partis politiques.
En face, les services de police qui se tirent la bourre : Renseignements généraux, SDECE, Crim', Mondaine, SAC ... y compris une association de hauts gradés socialiste de la police qui met tout en oeuvre pour faire élire François Mitterrand.
Et au Milieu : les truands qui tiennent le monde de la nuit à Paris et sur la Côte d'Azur, les clans corses très présents aussi dans la police, les filles qui espionnent les personnalités, une barbouze de haute stature qui dirige la boîte de nuit à la mode où l’on croise toute la jet-set politique, financière et cinématographique en train de danser et de se faire des rails de coke … entre deux opérations militaires pilotées par le pouvoir en Afrique pour faire tomber un Empereur devenu encombrant ou un dictateur qui empêche l’exploitation des ressources minières locales ou tente d'envahir ses voisins au détriment des intérêts de la France. Chantages, bastonnades et luttes de pouvoir à gogo.
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Bref – si on peut dire – un festival des affaires juridico-politiques les plus célèbres de cette époque de précampagne électorale : l’assassinat de Henri Curiel puis de Pierre Goldman, les diamants de Bokassa, l’exécution en pleine rue de Jacques Mesrine, la mort de Robert Boulin et la traque sans fin d’un agitateur hyper dangereux pour la sécurité de l’Etat, l’insaisissable Géronimo … mais la suite sera pour le tome 2 !
Un roman historique, foisonnant, au style alerte et imagé, une vision très pessimiste des rouages de l’«Etat profond» et de ses accointances avec la pègre. Je ne suis pas certaine, malgré les progrès de la loi encadrant désormais le financement des partis politiques et notre relatif désengagement de l’Afrique, que tout cela ne dure pas encore …
Bleus, blancs, rouges, polar historique de Benjamin Dierstein, publié chez Flammarion, 793 p., 24,50€.