FOCH, par Jean Christophe NOTIN : une biographie inaboutie
Si vous lisez (comme Claude qui nous livre cette critique...très critique) tout ce qui a trait à la Première guerre mondiale, il vous faut ce gros livre (640 pages, chez Perrin). Mais si vous voulez savoir qui était vraiment le Maréchal FOCH, vous allez être déçu.
L’auteur, qui a beaucoup exploité les lettres quotidiennes de FOCH à son épouse, détaille ses travers de façon souvent cruelle, en ignorant son génie, sans doute parce qu’il n’a pas su se mettre à la hauteur du personnage. Ainsi, il n’a pas compris la passion de FOCH pour la formation des cadres de terrain, que le Maréchal exprimait ainsi : « chaque gradé a actuellement son rôle indispensable dans l'action ; il ne suffit plus qu'il soit tenu par un vaillant soldat parfaitement discipliné, il faut qu'il le soit par un chef sachant son métier, et capable d'initiative. »
Autre déception, l’auteur ne nous décrit pas de façon vivante le fonctionnement d’un grand Etat-major à cette période passionnante parce que l’on vient d’inventer les télécommunications et l’observation aérienne.
Les rivalités entre Chefs civils et militaires français (POINCARE/CLEMENCEAU/BRIAND, JOFFRE/FOCH/CASTELNAU/PETAIN) et alliés (HAIG/FOCH/PERSHING) ont-elles atteint le degré de mesquinerie décrit par l’auteur ? Et comment avons-nous fait pour ne pas perdre cette guerre, si les motivations de chacun étaient vraiment de nuire à l’autre ?
L’explication nous est donnée dans un ouvrage magistral, dont ce blog a parlé en aout dernier, « Gagner la Grande guerre » par François CAILLETEAU : la victoire n’est pas une affaire de chefs, mais d’organisation et de moyens bien utilisés (l’encadrement en sous-officiers, l’entrainement des soldats, l’artillerie, plus tard les chars et les avions, les armements, l’épaisseur de béton dans les tranchées). Au final, les démocraties, la FRANCE, le ROYAUME UNI, la BELGIQUE, l’ITALIE, les ETATS-UNIS, ont tenu parce que leurs buts de guerre ont mieux su mobiliser les peuples.
Malgré son acharnement critique, l’auteur ne nous cache pas quelques beaux succès français, par exemple l’intelligence de CLEMENCEAU, qui n’hésite pas à nommer un officier catholique à la direction de l’Ecole de guerre, qui forme pourtant les esprits, ou encore l’habileté de l’Armée française, qui, en 1904, en pleine affaire DREEYFUS donc, dispose d’une taupe au sommet de l’Etat-major prussien, capable de lui livrer le Plan SCHLIEFFEN – c'est-à-dire l’invasion via la Belgique.