Marc Bloch et son épouse entrent au Panthéon
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Parmi les personnes de ma génération, qui connaissait le nom de Jean Moulin avant sa cérémonie d’entrée au Panthéon le 19 décembre 1964 et le discours solennel d’André Malraux avec son célèbre « Entre ici, Jean Moulin ! » ?
Il faut en effet des héros pour susciter l’union des peuples, surtout en ces moments où les doutes l’assaillent. Et Marc Bloch sera désormais l'un de ceux-là.
Un intellectuel combattant, résistant jusqu’à la dernière minute, assassiné par les nazis dix jours après le débarquement en Normandie. Un français issu d’une famille intellectuelle juive qui a refusé l’annexion alsacienne après la défaite de 1871, un historien médiéviste rescapé de la Grande guerre mais qui se réengage en 1940, à 53 ans et déjà père de 6 enfants … Un engagement total pour la patrie, le courage lucide d’un homme d’étude et d’action.
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Né en 1886, petit-fils d’instituteur, fils de Gustave Bloch, éminent historien de l’histoire romaine, Marc Bloch grandit dans un milieu cultivé et acquis aux valeurs de la jeune IIIe République. Après de brillantes études au lycée Louis-le-Grand, il intègre l’École normale supérieure en 1904. Il est reçu à l’agrégation d’histoire-géographie en 1908. Il passe ensuite deux semestres d’études en Allemagne, à Berlin et Leipzig. Revenu en France, il est pensionnaire à la fondation Thiers durant les premières années de son doctorat, avant d’enseigner à Montpellier, puis à Amiens.
A la fin des années vingt, il fonde avec Lucien Febvre (1878 – 1956) une nouvelle revue historique : Les Annales d’histoire économique et sociale, qui va bouleverser la façon dont on étudie désormais l’histoire, non plus seulement à travers une suite d’événements politiques, militaires et diplomatiques mais aussi - et je rirais surtout - selon les évolutions économiques, technologiques et sociologiques des peuples, sur le temps long.
Une approche devenue majeure aujourd’hui, où l’on n’hésite pas désormais à écrire une histoire « totale », voire « mondiale » de la France (par exemple).
Pour ma part, j’ai découvert cette manière d’appréhender le passé pour mieux comprendre le présent dans les ouvrages de Fernand Braudel (1902 – 1985), membre de la deuxième génération de l’Ecole des Annales.
Comme Marc Bloch, un historien profondément marqué par les conflits auxquels ces deux écrivains ont été confrontés. Pour moi, rien n’a plus été comme avant après la lecture de « Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XVème et XVIIIème siècles », publié en 1979. Je rappelle que sa thèse magistrale « La Méditerranée et le Monde Méditerranéen à l’époque de Philippe II », fut commencée en 1940 alors qu’il est prisonnier en Allemagne et publiée en 1947.
Bref, Marc Bloch fait partie de mon panthéon personnel des historiens bien avant la cérémonie de ce soir et j’espère que sa « sanctification » républicaine fera découvrir à quelques lecteurs compulsifs d’histoire et d’analyse politique un auteur qui a consacré sa vie à sa patrie, jusqu’au sacrifice suprême.
Je ne retire naturellement rien de mes recensions de « L’étrange défaite » publiée en 1946, ou plus récemment son essai sur « Les rois thaumaturges » publié en 1924. La lucidité et la clairvoyance pour le premier et l’analyse des sources pour le second n’excluent pas le talent d’écrivain.
Je serai donc devant ma télévision pour participer en pensée à la cérémonie de ce soir, où seront réunis Marc et Simonne Bloch, son épouse et collaboratrice, qui partage avec son époux l’honneur national comme jadis Sophie Berthelot, Pierre Curie, Mélinée Manouchian et Antoine Veil.
Et je vais sans doute me mettre à la relecture de Fernand Braudel ...