De l'immigration en France, essai de Patrick Weil
Spécialiste reconnu de la laïcité et de l’immigration, directeur de recherches au CNRS, Patrick Weil n’a pas choisi le titre de son essai par hasard mais sans doute en référence au célébrissime texte d’Alexis de Tocqueville paru en 1830 De la démocratie en Amérique … Je lui en souhaite un aussi grand succès.
Petit-fils d’immigrés et, comme moi, fier de l’être, il n’en est que plus légitime pour intervenir dans un débat qu’il qualifie lui-même d’incandescent dès la première ligne de cet ouvrage accessible, dense, documenté, riche de propositions et qui dénonce nombre de mesures gouvernementales aussi néfastes qu’inefficaces.
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Ci-dessus, le décret de naturalisation de ma grand-mère, Giuseppina Borsotto, et de mon grand-père Augustin Pellegrino, daté du 16 juin 1927.
Une définition juridique : « une personne immigrée en France est une personne née à l’étranger qui vit en France. » à l’exception des personnes naturalisées – par mariage par exemple – ou nées en France et âgées de moins de 13 ans.
Des chiffres : en 2025, on a délivré 384000 titres de séjour dont 118000 étudiants, 96000 réfugiés, 91000 au titre de liens de famille et 62000 pour motif économique.
En 25 ans, cette population a augmenté de 4,7 millions à 7,7 millions, représentant en 2024 11,3% de la population (68,4 millions).
La moitié de ces immigrants vient d’Afrique, 31% d’Europe, 14% d’Asie. En cause : l’accroissement des conflits, les exils politiques, les persécutions. On estime le niveau de l’immigration irrégulière à travers les cartes AME délivrées entre 2019 et 2022 à 484000.
Le concept de « Grand remplacement », bien avant Renaud Camus en 2011, a été inventé en 1889 par Charles Maurras, monarchiste fondateur de l'Action française, suivi par l’entrepreneur François Coty de la même tendance politique. Le « Grand remplacement » est dénoncé comme un plan de l’élite pour remplacer le peuple français par une émigration venue d’Afrique.
Hélas, après l’hécatombe de la Grande guerre, la France a besoin de bras et de soldats pour faire face à l’Allemagne et en 1927 elle assouplit les critères de naturalisation, ce qui conduira le régime de Vichy dès 1940 à dénaturaliser ces Français – avec pour cible prioritaire les Juifs … Ce sera encore le cas pour la reconstruction en 1945 et après 1962, et le recours massif aux Algériens.
L’ouvrage n’esquive pas les difficultés actuelles d’intégration des nouveaux arrivants et en particulier le rejet réciproque des musulmans de France vis-à-vis les populations des autres religions. Le retour sur le contexte historique de l’adoption de la loi de 1905 sur la séparation des églises et de l’Etat, alors que l’Eglise catholique prônait le retour de la monarchie en France, est éclairant.Cette loi garantit la liberté de conscience. L’Etat laïque doit rester neutre à l’égard de toutes confessions religieuses et sanctionner toutes formes de pressions, mais il interdit toute appel à la désobéissance aux lois de la République.
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Patrick Weil fait des propositions concrètes pour améliorer ce flux et rendre la politique d’immigration plus juste, plus efficace et conforme à l’Etat de droit, loin de déclarations tonitruantes ou de circulaires à objectif électoral …
Parmi celles-ci, une meilleure information sur les principes de laïcité et une simplification des procédures de gestion des titres de séjour, actuellement embolisée au niveau des préfectures (manque de moyens humains, systèmes informatiques défaillants), le regroupement des responsabilités dans un ministère dédié … L’exigence de tout citoyen d’être traité en semblable de la part de l’autorité publique n’empêche pas la diversité culturelle. La république n’a jamais imposé l’uniformité, même par la langue !
Depuis 20 ans, nos gouvernements successifs ne nous ont pas dit la vérité sur l’immigration. Cependant, et depuis des siècles, des progrès ont été accomplis en ce qui concerne l’égalité de tous les citoyens, mais il faut persévérer dans l’effort.
Je gage que nous en reparlerons abondamment au printemps 2017.
De l’immigration en France, essai de Patrick Weil, publié chez Grasset, 206 p., 18€.