Eloge des traducteurs
/image%2F1371293%2F20260618%2Fob_9ece2e_f1efe0ab-robert-pepin.jpg)
Ce sont des hommes et des femmes dont on voit rarement la photo – comme les doubleurs de cinéma - mais dont le nom figure en petits caractères sur la page de garde …
Pour ma part, je suis tout à fait sensible au style de l’écriture et à la manière de transposer un texte, car je ne maîtrise pas la langue de Shakespeare, et même en Allemand, je suis incapable de tirer le meilleur d’un auteur en version originale.
Et, face à l’essor de l’intelligence artificielle et à la baisse des ventes de livres, le métier de traducteur suscite aujourd’hui interrogations et incertitudes. Tandis que certains renoncent, redoutant une disparition progressive de la profession, d’autres misent sur l’adaptation et la valeur ajoutée de l’humain.
Pour ma part, moi qui suis une lectrice compulsive, je veux ici manifester ma forte admiration pour ces personnages essentiels qui mettent à notre disposition les œuvres créées en d’autres langues, en y ajoutant leur savoir linguistique mais pas que, leur connaissance du contexte culturel, des idiomes particuliers et même des patois locaux, la topographie des lieux, ce que j’attends d’un tel artiste.
Car il arrive qu’un livre mal traduit me tombe des mains et je présume aussitôt que la transposition émane de l’utilisation incontrôlée d’une intelligence artificielle. Dans un tel cas, je valide la traditionnelle locution italienne « Traduttore, traditore » qui présume que traduire indique automatiquement une certaine dose de trahison de l’auteur. Bien entendu, la traduction ne peut jamais respecter parfaitement le texte original, mais c’est tout l’art du traducteur, justement, de transposer le sens en y apportant son propre talent d’écrivain et sa maîtrise des deux languages.
Ainsi disait Pierre Leyris, traducteur d’Herman Melville : « Traduire, c’est avoir l’honnêteté de s’en tenir à une imperfection allusive. » Joli, n’est-ce pas ?
Je ne citerai pas Charles Baudelaire, traducteur d’Edgar Poe dont il a fait connaître le génie en Europe. Mais je tiens à rendre hommage à ceux et celles qui m’ont permis de me plonger dans les œuvres d’auteurs contemporains. Certains ont déjà mon âge ou l’ont dépassé, d’autres poursuivent dans cette voie devenue aléatoire, et je les y encourage.
Parmi tant d’autres :
Robert Pépin (né en 1941, en haut), qui a dirigé pendant 18 ans la collection « Policiers » du Seuil pour Michael Connelly ;
Jean Esch (né en 1962) pour Philip Kerr, Stephen King, Don Winslow ou Patricia Cornwell ;
Joël Falcoz pour Harald Guilbers ;
Serge Quadrupanni et son extraordinaire transposition du dialecte sicilien d’Andrea Camilleri ;
Nicolas Paul pour Steve Berry ;
Erick Boury pour Arnaldur Indridason ;
Nathalie Serval pour Elizabeth George ;
Gabriella Zimmermann pour Donna Leon …
Quelques-uns et unes, seulement, mais tous ont d’autres cordes à leur art : ils écrivent aussi des romans, sont journalistes, touchent à tout ce qui concerne l’écriture, notre moyen essentiel de communication et de rêve.
Rien ne pourra jamais, quelques soient les quantités faramineuses de données absorbées puis digérées et recrachées par une machine, égaler le choix des justes mots, l’évocation de l’ambiance, le sens des images …
L’IA permet de gagner du temps, sans nul doute, mais cela ne suffit pas. Il faut aussi le talent … et surtout l’EMOTION. Et ils ajoutent dans leurs textes ... une certaine MAGIE.