Les crimes, la face cachée de la noblesse par Adèle Delaporte
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Lorsque je suis en panne d’inspiration historique, et toujours empêchée de me rendre à la librairie Albin Michel, je consulte le catalogue des éditions Passés/Composés … Cela tombe bien puis qu’il s’agit du même groupe d’éditeurs (avec Que sais-je ?, Belin, Editions de l’Observatoire, PUF … entre autres).
Je découvre ainsi le livre de la jeune historienne (née en 1991) Adèle Delaporte, consacré à une forme souvent passée sous silence de la noblesse du XVIIIème siècle : la violence.
Avec un thème central chez le second ordre : l’honneur. Mobilisé à la moindre entrave et dans la moindre situation, il dirige la conduite des nobles jusque dans leurs actes violents. Car ne pas agir pour le défendre est une forme de dérogeance.
L’étude porte sur la période de 1699 à 1790, et est fondée sur l’analyse des archives judiciaires des parlements (Paris, Bordeaux, Rouen …) : verdicts, procès, interrogatoires, déclarations de témoins, demandes de grâce, diverses lettres de rémission.
Au XVIIIème siècle, la noblesse représente entre 1 et 1,5% de la population. Durant la période, plus de 500 nobles ont participé plus ou moins directement à plus de 400 homicides poursuivis, soit moins de 10% des homicides et moins de 1% des criminels poursuivis.
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L’étude des lettres de clémence permet de prendre conscience des émotions de cette époque et de la stratégie des auteurs pour obtenir la clémence du roi.
Car si le noble violent est un criminel comme les autres, la noblesse a l’habitude et la formation pour pourfendre les corps en défendant son honneur, son lignage, son ordre, et elle a à sa disposition permanente son épée. Le noble n’est pas exempt de tout châtiment … Quoi que …
Plus instruit, il affronte la mécanique judiciaire complexe en étant plus armé socialement qu’un simple justiciable. Il est en outre bien souvent jugé par ses pairs, ce qui peut créer une forme de proximité. Il fait jouer ses réseaux, et bénéficie largement de la clémence du prince.
L’ouvrage décrit les motivations, les lieux et circonstances fréquents, (le domicile, la chasse, le jeu, l’ébriété, l’injure, la violence symbolique comme le fait de lacérer un vêtement, ou pire, un couvre-chef, le braconnage), les mobiles.
Une autre notation : la répression de la violence s’inscrit dans le schéma général du XVIIIème siècle : la première instance se montre plus sévère et rigoureuse que la seconde. Les supplices, notamment capitaux, sont de moins en moins prononcés et surtout de moins en moins appliqués (seules 11 décapitations nobiliaires sur toute la période).
Hormis une forte propension à obtenir la grâce du souverain, les nobles ne bénéficient d’aucun traitement de faveur dans les réactions pénales. Mais leur violence est la conséquence de leur sentiment de supériorité que la courtoisie et le raffinement ont recouvert d’une réputation usurpée.
Du grain à moudre pour Nicolas Le Foch !
Les crimes, la face cachée de la noblesse, par Adèle Delaporte, éditions Passés/Composés, 299 p., 24€.