L'Iran, de 1800 à nos jours, par Yann Richard
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C’est un ouvrage de référence prêté par Florence, qui connaît mon intérêt pour la géopolitique et l’actualité brûlante dans laquelle nous sommes plongés actuellement.
Ecrit par Yann Richard, né en 1969, universitaire géographe de formation et reconnu comme iranologue par la communauté scientifique. Pas vraiment un ouvrage de vulgarisation.
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Car il faut faire un effort pour aborder ce pays immense, qui n’a jamais été à proprement parler colonisé mais qui, du fait de sa position stratégique aux confins de plusieurs influences, a sans cesse été soumis à des pressions, voire à des occupations et en tous cas fut sous l’emprise politique et financière des grandes puissances : la Russie – celle des tsars puis de l’Union soviétique au nord, celle des Britanniques au sud, soucieux de protéger les accès à l’Inde et, après 1906, de garantir l’approvisionnement en pétrole de leur flotte, des Allemands pendant les conflits mondiaux, des Américains au XXème siècle …
Rêve de la restauration de l’indépendance nationale avec le souvenir des grandeurs impériales de la Perse, légitimité patriotique face au tribalisme des Quadjars décadents, république islamique vite pervertie par la corruption mais dont le recours à la religion reste très présent, importée à l’intérieur par un système parlementaire introduit dès 1906 …
Car c’est à cette date la première révolte d’un peuple du Moyen-Orient contre une puissance étrangère, la Russie, et contre la dynastie régnante qui vend à des monopoles étrangers des concessions sur toutes les richesses naturelles du pays.
En fait, l’idée d’une constitution est insufflée par les Britanniques.
Et on note que la nouvelle constitution approuvée par référendum après la révolution islamique de 1979 y ressemble par bien des points. Un parlement, des élections au suffrage universel, un président, un système judiciaire … et un Guide omnipotent.
Sans oublier que la moitié de la population n’est pas perse et comprend de multiples minorités : azeri, kurde,turkmène, arabe, baloutch, lors, sans compter les sociétés secrètes, la franc-maçonnerie les confréries soufies.
Dates importantes : 1921, le coup d’Etat de Reza Khan, colonel des cosaques persans, qui fonde la dynastie des Pahlavi, prend le pouvoir avec l’appui des Britanniques sans toucher aux institutions et se fait couronner Chah en 1925, qui le destitueront pour placer son fils sur le trône, la dérive maladroite de celui-ci vers la dictature …
La pire déformation de l’idéal constitutionnaliste, pendant les seize années où Reza Shah gouverna l’Iran, consista à garder quasiment intact les textes fondateurs et à en maintenir en apparence les institutions comme le parlement, la justice, les droits fondamentaux, mais réduis à une sinistre caricature.
Les Iraniens ont ainsi perdu confiance dans les institutions démocratiques. Les femmes, que l’émancipation forcée et l’interdiction du port du voile voulaient faire sortir de chez elles contre leur gré, furent généralement perdantes de cette modernisation manquée qu’elles furent nombreuses à rejeter.
1951 - 1953 : nationalisation du pétrole et suppression des concessions. Le premier ministre Mossadegh applique la nationalisation mais les Britanniques déclarent l'embargo et assèchent toute rentrée de devises en représailles. Le clergé s'oppose à Mossadegh qui recherche le soutien des communistes, ce qui affole les Américains. Le Chah s'envole pour Rome, Mossadegh est renversé par le peuple poussé par les religieux. Le Chah revient dans la main des Américains.
1975, le Chah dissout les partis politiques mais il se sait déjà malade … Khomeini est alors connu comme opposant aux réformes (plutôt positives) du Chah – réforme agraire, vote des femmes … qui portent préjudice au clergé. 11 février 1979, victoire de la révolution islamique.
Cette quatrième édition s’arrête à l’année 2003. J’avoue avoir eu un peu de mal à tout absorber tant la matière est complexe, et face à la masse d’informations – en particulier sur tous les courants de pensée et tous les hommes politiques qui ont développé des idées dans ce pays de grande culture …
En revanche, je recommande l’écoute – assez rapide – des six épisodes du podcast de France Inter « Iran, anatomie d’un pays révolutionnaire", fruit d’une conversation entre Yann Richard et Thomas Snégaroff, disponible dès maintenant sur la plateforme de Radio France. Un condensé, très éclairant.
L’Iran, de 1800 à nos jours, 4ème édition, par Yann Richard, dans la collection Champs – Flammarion, 514 p.,