L'ombre de Jean Moulin, polar historique de Pascal Chabaud
Voici le quatrième volet des enquêtes de Joseph Dumont, commissaire de Police Judiciaire à Paris, quelques jours avant les fêtes de Noël 1964. Il est appelé sur une affaire de meurtre, qui va s’avérer bien plus complexe que prévu, et va raviver chez lui de bien pénibles souvenirs.
Le cadavre balancé dans l’immense décharge de Saint-Denis a été glissé dans un sac de toile fermé par un nœud de marin, puis roulé dans un tapis. Ce sont trois jeunes éboueurs cherchant dans les ordures des objets à revendre qui l’ont découvert … La procédure classique de recherche de l’assassin s’enclenche … sauf que l’identité de la victime une fois établie n’est pas anodine.
Il s’agit d’un riche homme d’affaires au profil d’activiste d’extrême droite, financier de la mouvance OAS, à une période incandescente de la décolonisation où les attentats contre le Général de Gaulle se multiplient.
Pour Joseph Dumont, qui s’est illustré dans la Résistance, fut révoqué par Vichy, fut exfiltré et se forma aux techniques de renseignement à Londres, ce sont des souvenirs de combats qui reviennent en foule : son arrestation à Lyon en 1943 dans la salle d’attente du médecin où Max - Jean Moulin – fut capturé par Klaus Barbie.
Le récit se déploie selon deux théâtres d’opérations : au mois de juin 1943 à Lyon où les mouvements de Résistance sont traqués par la Gestapo et ses acolytes français, et à Paris en cette fin d’année 1964, où se superposent différents services de police.
A Lyon, Joseph Dumont s’est forgé une nouvelle identité comme projectionniste dans un cinéma de quartier, ce qui lui laisse du temps pour opérer comme agent de liaison. Mais une nuit, un de ses camarades vient le chercher pour exercer son ancien métier de policier : un imprimeur soupçonné de double jeu est retrouvé la tête entre les mâchoires d’une de ses presses … Le suspect présumé a pris la fuite.
Plus de vingt ans après, l’affaire devient sensible en raison des activités politiques de la victime et de quelques détails saugrenus … C’est aussi l’occasion d’évoquer l’ambiance politique de cette période de la Vième République, les dossiers secrets de mouvements d’une forme de résistance au pouvoir établi, infiltrés jusqu’aux plus hauts rouages de l’Etat.
En 1943, Joseph Dumont avait réussi à échapper aux griffes de la Gestapo, mais se rend-t-il compte du marigot dans lequel il est en train de mettre les pieds ?
Voilà un rappel bien venu d’une période de l’histoire de France qui commence depuis quelques mois à susciter un intérêt croissant chez les romanciers – comme Benjamin Dierstein – et les cinéastes – comme Xavier Giannoli, Antonin Baudry ou Emmanuel Marre. Il n’est jamais trop tard pour regarder le passé en face, privilège des jeunes générations. Et pour se rendre compte que notre démocratie a traversé jadis des turbulences très fortes.
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La dramaturgie est ici, comme toujours chez Pascal Chabaud, parfaitement étayée sur la documentation historique. Ma seule interrogation : dans ce nouvel épisode, le commissaire Joseph Dumont frôle la soixantaine … mais en 1964, l’âge de la retraite n’était pas encore imminent !
J’ai apprécié de retrouver des personnages croisés dans les précédents épisodes, et je pense que je vais relire la série depuis le début …
L’ombre de Jean Moulin, roman historique de Pascal Chabaud, publié aux éditions du Colporteur, 284 p., 20€.