Bigmammy en ligne
Bigmammy en ligne
Bigmammy en ligne

Journal de bord d'une grand-mère grande lectrice et avide de continuer à apprendre, de ses trois filles et de ses 6 petits-enfants.
Voir le profil de Bigmammy sur le portail Canalblog

Newsletter
Archives
Derniers commentaires
23 octobre 2026

La chute - France, 1940 par Julian Jackson

 

Parmi les centaines de livres que j’ai lus sur l’histoire des guerres européennes au cours des deux derniers siècles, au risque de lasser certains de mes lecteurs fidèles, celui-ci est l’un des plus intéressants.

Julian Jackson (né en 1954) est un historien britannique spécialiste de l’histoire de la France au XXème siècle. C’est notamment sur la base de sa biographie remarquée de Charles de Gaulle qu’a été conçu le film en deux époques « La bataille de Gaulle » d’Antonin Baudry qui rencontre actuellement un grand succès.

Son analyse des causes et conséquences de la débâcle de l’armée française du 10 mai au 15 juin 1940 apporte un éclairage nouveau, particulièrement riche sur les relations politiques et militaires franco-britanniques mais aussi celles des Alliés avec les Belges. Des faits objectifs, sans indulgence mais sans parti pris pour un camp ou un autre, une foule de notations qui font examiner cette période catastrophique sous bien des angles différents de certaines appréciations précédentes.

Le livre, relativement bref, est composé en deux parties : d’une part, le récit de l’enchaînement des décisions puis des phases de la campagne de France, l’analyse des forces en présence – pas si disproportionnées qu’on l’a souvent dit – l’état du moral des troupes, la qualité et/ou la carence du commandement, les graves dissenssions entre les gouvernants de chaque côté de la Manche ; d’autre part les causes, conséquences et scénarios contrefactuels : que se serait-il passé si la France n’avait pas cédé aussi vite et aussi complètement, qu’aurait fait Hitler ?

C’est peut-être la partie la plus originale de l’ouvrage. Certains faits méritent d’être soulignés : on connaît l’incompréhension mutuelle évidente entre les Alliés, le retard pris en entre les deux guerres par la France pour réarmer face à une Allemagne de plus en plus agressive, mais un effort avait été massivement enclenché dès 1936, de façon insuffisante toutefois. Le chasseur Devoitine D520 était le meilleur avion mais seulement 80 exemplaires étaient disponibles en mai 1940 : les Allemands les utilisèrent sur le front de l’Est en 1941. Un exemple parmi d’autres.

La thèse prémonitoire de De Gaulle sur la nécessité de créer des unités blindées, exposée dans « Vers une armée de métier » dès 1934, rencontra l’hostilité des hommes politiques partisans de la vocation miliaire de régénération nationale quasi mystique.  

 

 

La déroute de la France fut aussi celle de ses Alliés avec lesquelles elle n’a pas su coordonner ses opérations et qui avaient fort peu à lui offrir. Depuis Dunkerque, la confiance mutuelle entre Britanniques et Français avait complètement disparu. Et pourtant, les soldats résistèrent avec acharnement à la percée allemande entre le 13 et le 24 mai, suffisamment longtemps pour permettre au corps expéditionnaire anglais et à quelques troupes françaises d’atteindre la tête de pont et rembarquer.

L’auteur souligne la ténacité avec laquelle l’armée française continua à se battre au cours des deux premières semaines de juin malgré les terribles revers qu’elle avait connus lors des semaines précédentes.

C’est le 15 juin que mon père fut capturé près du village de Ville-Dommange.

Julian Jackson met aussi en garde l’historien de laisser le point de vue rétrospectif obscurcir notre jugement en fonction de ce que nous a appris la suite des événements. Par exemple, le concept de Blitzkrieg a été conçu a posteriori après l’invasion de la France, qui avait surpris l’armée allemande elle-même. « La campagne de France fut le succès d’un Blitzkrieg improvisé, tandis que celle menée contre la Russie fut un Blitzkrieg planifié mais qui échoua. »

Parmi les nombreux livres et mémoires cités dans cet ouvrage et qui traitent de cette période de chaos, j’en ai retrouvé certains que j’avais déjà lus et résumés dans ce blog … Parmi bien d'autres, ceux de Marc Bloch, Winston Churchill, De Gaulle, J-B Duroselle, William Shirer, Laurent Joly, Olivier Wieviorka, Tim Bouverie, Robert O. Paxton …

Dans ce livre qui est une passionnante synthèse, j'ai surtout apprécié le caractère nuancé et l’objectivité de cet historien parfaitement francophone, reconnu au niveau international, en ce qu’il décrit les responsabilités des acteurs tant britanniques que français, avant et après le déclenchement des hostilités dans cette catastrophe commune.

Un dernier commentaire, très personnel, celui d'une vieille dame qui a connu 1968 - entre autres - : nous avons connu le désastre de 1940, les violences de 1968 .... et nous nous en somme sortis ! Soyons confiants en notre génie du bordel ambiant !

 

La chute, France 1940, par Julian Jackson, traduit de l’Anglais par Souad Degachi et Maxime Shelledy, aux éditions du Seuil - collection L’univers historique, 360 p. 24,90€.

Commentaires
Pages
Visiteurs
Hier 1 028
Depuis la création 8 016 669