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Journal de bord d'une grand-mère grande lectrice et avide de continuer à apprendre, de ses trois filles et de ses 6 petits-enfants.
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1 novembre 2025

Décider et perdre la guerre, essai de François Cailleteau

Saint-cyrien, ancien chef du Contrôle général des armées et Inspecteur des finances honoraire, François Cailleteau (né et 1938) a publié de nombreux ouvrages sur la mécanique des conflits et l’incidence de deux facteurs sur leur issue : l’économie et le caractère démocratique ou non des belligérants (du moins pour le XXème siècle !).

Il nous permet de comprendre pourquoi la plupart des interventions militaires occidentales ont été de gigantesques échecs malgré un rapport de force censé leur être ultra-favorable. Publié en 2021, cet essai n’évoque à aucun moment la guerre russo-ukrainienne, mais il est impossible de ne pas y penser aujourd’hui …

A travers de multiples exemples de conflits déclenchés et perdus, voici l’analyse multifactorielle des processus d’entrée en guerre qui se sont traduits par un échec et des mécanismes intellectuels qui ont conduit à la décision malheureuse et ainsi causé des millions de morts.

Parmi ceux-ci : la campagne de Russie de Napoléon, qui commence en réalité en Espagne, la déclaration de guerre franco-britannique à l’Allemagne en 1939, la guerre du Vietnam, les guerres d’Afghanistan, l’aventure mexicaine de Napoléon III, la guerre à la Prusse de 1970, l’opération Barbarossa, Pearl Harbour …

Conduite irrationnelle d’un chef dont les idées ou les lubies ne souffrent aucune contestation, légèreté des décideurs, souverains ou dictateurs qui n’ont guère comme conseillers que des courtisans (parfois terrorisés) quand ils ne sont pas des pousse-au-crime, difficultés budgétaires ne permettant pas le financement à long terme d’un armée moderne, corruption, pacifisme enraciné des populations … dans bien des cas, la surestimation d’une armée nationale en réalité médiocre, mal composée, mal soutenue, mal équipée, mal commandée ou comment se lancer dans des actions en décalage avec les réalités ou les moyens dont on dispose.

On remarque la permanence des difficultés de recrutement dans l’empire russe de 1914 : défaut d’encadrement par manque de remplacement des sous-officiers, faiblesse de la logistique, fort taux de désertion, comme l'hétérogénéité des peuples composant l’armée austro-hongroise.

On souligne aussi le mode de décision autocratique qui fait bon marché des réalités du terrain et de l’irréversibilité du mouvement enclenché (Barbarossa, Pearl Harbour). La sous-estimation du sentiment national des peuples agressés, de leur résilience face aux sanctions (le blocus continental intenable de Napoléon contre l’Angleterre).

Naturellement, les leçons du passé éclairent rarement les décisions des dirigeants, surtout lorsque l’idéologie entre en jeu. Alors qu’avant toute action devraient entrer en ligne de compte deux exigences : l’utilité et la capacité objective à vaincre.

Autrement dit, quel est le but et en vaut-il la chandelle ? Avons-nous les moyens de l’atteindre, comment finirons-nous ? Faut-il rester tant que le but n’est pas atteint ?

Un livre bref mais dense, parfaitement accessible, tout à fait pertinent dans ses réflexions … comme tous les ouvrages de cet auteur que je lis depuis des années …

 

Décider et perdre la guerre, essai de François Cailleteau, éditions Economica, 128 p., 23€.

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