La page n'est pas encore tournée, par Henri Amouroux (tome 10)
Dixième et dernier tome du grand'oeuvre de journaliste et d'historien sur la vie des Français pendant et après l'occupation. Un total de 6900 pages ... lues toutes avec un égal intérêt et avec, "en même temps", l'admiration devant la masse des témoignages recueillis et l'élégance du style.
Ce dernier chapitre décrit la situation de la France, au lendemain de la libération de Paris, alors que la guerre continue et que la détresse des populations est plus tangible que jamais, suscitant bientôt désillusion puis colère.
Car dès janvier 1945 à Versailles, Américains et Français sont au bord de la rupture, les premiers menaçant de priver l'armée française de munitions et de carburant, les seconds d'interdire aux forces alliées l'usage des chemins de fer et des moyens de transmissions.
C'est à une course que se livrent Américains et Français pour franchir le Rhin et parvenir les premiers à Berchtesgaden ... Grâce à l'insistance de De Gaulle et aux prouesses des armées françaises, le général De Lattre sera présent à la signature à Berlin de la capitulation sans conditions des Allemands.
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C'est aussi, bientôt, la découverte des horreurs nazies au fur et à mesure de la "libération" des camps de concentration et de la progression des troupes soviétiques. Terrible spectacle, en particulier lors des marches d'évacuation initiées par les SS qui achèvent les plus faibles sur le bord des routes. Pire, les milliers de morts causées par l'afflux soudain de nourriture sur des organismes dévastés.
Ensuite, il faudra résorber les poches d'Allemands combattant encore dans les secteurs portuaires, cause de bombardements aussi destructeurs qu'inutiles.
Epilogue de la vengeance contre les collabos : les grands procès particulièrement bien décrits : Pétain et surtout Laval.
Un personnage omniprésent dans ce tumulte où le parti communiste entend instaurer, dans une France subissant encore les restrictions alimentaires, et fort de son poids électoral et de ses techniques de manipulation des opinions, un régime de démocratie populaire : Charles de Gaulle.
Toujours président du gouvernement provisoire de la République, il s'attache à mettre en oeuvre de nouvelles institutions : une Assemblée constituante chargée d'élaborer une Constitution. Mais il retrouve les petits jeux des partis politiques et les éternelles divisions des Français, plus abruptes que jamais.
Pensant qu'on ferait bientôt à nouveau appel à lui, il démissionne le 20 janvier 1946. Le récit des débats de ces temps difficiles est d'une toujours incroyable actualité ...
La grande histoire des Français après l’occupation, d’Henri Amouroux, tome 10 (1993) Septembre 1944 – janvier 1945, publié chez Robert Laffont, 772 p.