La petite-fille, roman de Bernhard Schlink
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Je ne remercierai jamais assez Catherine J. pour m'avoir conseillé ce roman !
Une histoire poignante, à lire pour mieux comprendre ce qui se passe en ce moment en Allemagne, à la veille d’un scrutin qui risque de déstabiliser la politique de notre premier partenaire en Europe, avec la montée des votes d’extrême-droite.
Une plongée dans le subconscient des « Ossis », ces Allemands des « Nouveaux Länder », issus de la RDA après la réunification de 1990 et contraints à l’adaptation à marche forcée à une idéologie et une économie nouvelles.
Je me souvenais du film « The Reader - Le liseur » adapté par Stéphane Daldry du roman éponyme de Bernard Schlink en 2009 … Ce roman, plus récent, traite à nouveau du thème de la culpabilité collective du peuple allemand face aux horreurs nazies, et de son déni par les générations nées après guerre.
Kaspar, libraire pétri de culture, est un homme foncièrement bon. Né en 1944 – comme l’auteur – il vit à l’Ouest. A l’occasion d’un rassemblement de jeunes à Berlin-Est, en 1964 – le Mur a été érigé en 1961 – il s'éprend de Birgit, une jeune militante du mouvement FDJ (Jeunesse libre allemande), organisation officielle de la RDA. Il en tombe amoureux au point d'envisager de s’installer avec elle à l’Est, mais elle préfère fuir à l’Ouest. Il réussit à l’exfiltrer en 1965 et l’épouse.
Ce qu’il va découvrir, dans le roman autobiographique inachevé que Birgit a laissé après sa mort quinze années plus tard, c’est qu’entre cette rencontre et sa fuite, Birgit a accouché d’un enfant qu’elle a laissé à l’adoption. Elle a toute sa vie tû ce secret et regretté son geste mais n’a pas entrepris la moindre recherche concrète pour retrouver sa fille. Kaspar va accomplir cette quête et retrouver la fille de Birgit. Et Sigrun, sa petite-fille de 14 ans.
Cette jeune fille, confiée à son père biologique, a été élevée dans une famille adhérente au mouvement Völkisch, mouvance pangermaniste, ethno-nationaliste radicale, raciste, anti immigration, négationniste.
Kaspar va tenter, en éveillant la jeune fille à la culture, au monde extérieur et tout spécialement à la musique, de la déradicaliser. Mais est-ce possible ? Il l’aime, elle l’aime mais refuse d’accepter la réalité historique. Comment surmonter le déni et ces délires complotistes ?
Ainsi pouvons-nous appréhender un aspect du ressentiment de certains allemands brutalitement réunifiés, l’impossibilité d’abandonner un certain corpus idéologique, assené pendant plus de 50 années d’endoctrinement et dont les méthodes similaires de désinformation font florès actuellement dans les pays illibéraux.
Une belle histoire entre un grand-père orphelin de l’amour de sa vie et une jeune femme intelligente mais terriblement perturbée : il n’est pas possible que Sigrun ne se rende pas compte qu’elle a été manipulée, et en quelque sorte, violée dans sa manière de concevoir le monde.
La petite-fille, roman de Bernhard Schlink traduit de l’allemand par Bernard Lortholary, pour Gallimard en édition Folio, 392 p., 10€