La Rabouilleuse, roman d'Honoré de Balzac
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La récente découverte du livre de Dan Frank m’a donné envie de me replonger dans l’atmosphère d’Honoré de Balzac, et j’ai choisi cette scène de la vie privée qui se déroule entre Paris et Issoudun, entre 1792 et 1830.
Une histoire de famille bien sordide, où se mêlent captation d’héritage, emprise d’une jeune femme sublime jadis recueillie sans un sou, sur un rentier un peu attardé, préférence coupable d’une mère veuve pour l’un de ses deux fils hélas crapuleux, aléas des destinées ballotées par les vicissitudes politiques.
Il faut dire que la période s’y prête : le personnage principal, Philippe Bridau, est un sabreur qui a su se faire remarquer lors des guerres napoléoniennes. Adulé par sa mère, il se retrouve à la demi-solde après Waterloo et vit d’expédients : buveur, joueur, menteur, voleur … Aucune ignominie ne lui est étrangère, à la différence de son frère Joseph qui a choisi la peinture et travaille pour faire vivre sa maman qui ne lui en est nullement reconnaissante.
Issue de la bonne bourgeoisie d’Issoudun, celle-ci a été déshéritée par son père, un médecin enrichi par la vente des biens nationaux, au profit de son frère, un benêt tombé sous la coupe d’une superbe fille ramassée dans le ruisseau, qui s’est faite coucher dans son lit mais surtout sur son testament.
Joseph va tenter de récupérer la part de biens qui devrait revenir à sa mère, mais il trouve chez son oncle un rival, Max, lui aussi, comme son frère, ancien officier de la Garde impériale et installé dans la place, amant de la belle Flore. Et en plus, il va se trouver en concurrence avec son frère Philippe, lui aussi attiré par le magot.
Le roman commence assez mollement, mais s’emballe dans la dernière partie qui met aux prises les deux bretteurs, deux figures de la noirceur absolue, mettant en œuvre des manigances inimaginables, au vu et au su de toute la micro-société de cette ville sans aucun charme mais où chacun pratique la « disette » …
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Suspens, retournements de situation, portraits d’une infinie cruauté, grandeurs et misères des anciens militaires, arcanes juridiques et financières, grouillement du monde des journalistes et des petites femmes de théâtre, trafics d’influences pour des postes, des titres et des décorations … Tout le petit monde de ce début du XIXème siècle où évolue Balzac est décrit spectaculairement … Que de noirceur, que de lucidité, que de naïveté coupable aussi. Une intrigue pas dépassée en tous cas.
Le retour aux chefs-d’œuvre classiques a du bon.
La Rabouilleuse, un ménage de garçon (1842) par Honoré de Balzac, in « Scènes de la vie de province », inclus dans le tome III de la collection « La Comédie Humaine » de l’édition La Pléiade.