L'Insurgé, roman autobiographique de Jules Vallès
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Afin de parfaire ma documentation sur l’histoire de la Commune de 1871, j’ai voulu lire le roman largement autobiographique de l’un de ses personnages marquants : Jules Vallès (1832 – 1885), dont le troisième volume de la trilogie, après L’enfant et Le bachelier, a été publié l’année suivant sa disparition.
C’est sous le pseudonyme de Jacques Vingtras, double littéraire de Vallès, qu’est racontée la chronique de cette période tragique, « la grande fédération des douleurs », écrit par le journaliste du « Cri du peuple ».
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Une description sur le vif, qui recoupe précisément les événements rapportés par les historiens de la période. Avec le sentiment que l’affaire est mal engagée depuis le début, ne peut se terminer que par un désastre, la fin « d’un monde qui n’a ni programme, ni un plan, et qui ne veut pas de chef. »
Au-delà de la mise en scène des combats – surtout entre les différentes factions des communeux (le terme communards est dépréciatif) – et des exactions contre les officiers versaillais et les membres du clergé et avant le massacre général des fédérés, c’est le style de l’écrivain - toujours très actuel - qui emporte l’intérêt du lecteur.
Des chapitres courts, des choses vues, du mouvement.
Bien entendu, Vallès/Vingtras a été à bonne école, il fut un excellent élève à l’époque où seule une infime proportion de la population a accès de à son niveau d’études, fils d’un professeur, ce qui ne l’empêche pas de courir après la possibilité se faire admettre par un journal et vivre même chichement de sa plume … Mais il sait surtout émouvoir les foules lorsqu’il prend la parole, alors même qu’il professe des opinions plutôt modérées.
Socialiste tendance anarchiste, proudhonien – même s’il dit n’avoir jamais eu assez d’argent pour se procurer les œuvres complètes de l’économiste - à l'occasion antisémite, Il n’est pas tendre envers Ferry et Gambetta …
Ce que j’apprécie surtout, c’est son talent de portraitiste. La foule bigarrée des personnages donne au lecteur un panorama imagé des protagonistes de cette révolte, dans ce « Paris, bivouac des Révolutions ».
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Un chaos sans issue, dont il réussit à s’échapper pour un long exil, lui qui connaît le sort réservé à ceux qui auront été capturés – il a déjà été emprisonné après sa participation à la résistance lors des journées de 1848 puis contre Napoléon III.
L’ouvrage que je me suis procuré (publié en 1975) est destiné aux étudiants. Il constitue un dossier, introduit par une longue préface et un dossier de notes et d’éléments chronologiques particulièrement fouillés, conçus par Marie-Claire Bancquart (1932 – 2019). J’ajoute que ma récente relecture du Cri du peuple de Jacques Tardi et Jean Vautrin m’a fait découvrir aussi le personnage attachant de Julles Vallès/ Jacques Vingtras.
Le message politique sur les dynamiques des révolutions, lui aussi, est toujours d’actualité … Hervé le Corre, lui aussi a lu Vallès dans son thriller "Dans l'ombre du brasier".
L’Insurgé, roman de Jules Vallès, publié chez Folio classique, 467 p., 6,60€.