La reine du labyrinthe, roman Camille Pascal
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Ma sixième incursion dans l’œuvre de Camille Pascal revisite l’ultra célèbre affaire du Collier … et je n’ai pas été déçue, même si les premiers chapitres traînent un peu en longueur. Mais vollà que rapidement tout s’emballe. Une intrigue de cour, une arnaque à plusieurs tiroirs démontée ici comme le ferait un horloger diabolique devant une pendule à secrets.
Camille Pascal, avant de publier plusieurs romans qui font pénétrer le lecteur dans le microcosme du pouvoir – et plus précisément au moment des fins de règnes - fut historien avant d’être haut fonctionnaire, témoin des mœurs de la présidence de la république puis nommé au Conseil d’Etat.
Se glissant dans le style fleuri – et parfois un peu trop savant – des dernières années de l’Ancien régime, il sait parfaitement comment se comportent les membres de la cour, vis-à-vis des souverains comme entre eux, hier comme aujourd’hui.
Ce scandale d’Etat, qui figure parmi les éléments déclencheurs de la Révolution, raconté sous forme romancée, nous porte au cœur des faiblesses humaines, jamais démenties.
C’est d’abord le personnage hors norme de la comtesse Jeanne de La Motte Valois, jolie trentenaire indigente, tour à tour mendiante, jeune fille recueillie, prostituée saisie de la folie des grandeurs, manipulatrice et d’une inventivité diabolique dans le montage d’une escroquerie gigantesque.
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Ensuite, c’est ce prince de l’église, le cardinal de Rohan, naïf rêvant de devenir principal ministre d’un roi qu’il méprise et prêt à tout pour s’attirer les grâces d’une jeune reine qui le hait, c’est aussi la lutte à mort de deux grands seigneurs rivaux qui règlent leurs comptes au détriment de l’intérêt de l’Etat …
Bien entendu, on connaît la fin de cette affaire qui secoue un pays dont les finances sont en déroute et le peuple au bord de la guerre sociale. Mais à travers cette analyse, on comprend l’irrémédiable engrenage qui a conduit chacun des protagonistes au fiasco général et tragique auquel elle a abouti.
Une remarque à laquelle je n’avais pas pensé : qu’elle folle bêtise avait donc présidé à la conception d’un objet d’une telle lourdeur (y compris financière), que naturellement la comtesse du Barry, auquel il était à l’origine destiné, aurait récusé ! Et personne ne comprend pourquoi les joailliers n’auraient pas eu plus intérêt à démanteler eux-mêmes le collier pour en récupérer les diamants au lieu de s’échiner à le « fourguer » en bloc … Mystère !
A travers cette folle histoire, une étude très contemporaine des passions humaines : l’ambition politique, les luttes de pouvoir, l’appât du gain, la soif de paraître et d’être reconnu au sein d’une société hyper hiérarchisée, l’emprise par les sens, le fuite en avant financière, la mécanique implacable de la justice une fois enclenchée …
La reine du labyrinthe, roman de Camille Pascal, chez Robert Laffont, 424 p., 22,50€