Roman Cieslewicz, la fabrique d'images au musée des Arts décoratifs
Attention : affichiste de génie à l'affiche !
Nous avons tous en mémoire – du moins les personnes de ma génération – les images de ce graphiste de la seconde moitié du XXème siècle, alors que nous ignorons totalement son identité et son parcours hors du commun. Pour moi, ce furent les affiches d’expositions majeures des années 70 au Centre Pompidou : Paris-Berlin et Paris-Moscou. Fond blanc, couleurs dominantes noir et rouge, diagonale forte …
L’œuvre de Roman Cieslewicz (1930 – 1996) est aussi prolifique qu'éclectique : publicité, photomontage, presse, édition, illustration (Ah ! la célèbre Mona Tse Tong !!!) …
L’exposition qui lui est consacrée par le musée des Arts décoratifs prouve son extraordinaire créativité comme le témoignage d’une personnalité engagée …
Roman Cieslewicz est né en Pologne. Un temps dessinateur industriel dans une usine de ciment, il reprend ses études artistiques à l’Ecole des Beaux Arts de Cracovie en 1948. Rebelle au style officiel du réalisme socialiste, il s’initie cependant au constructivisme, art officiel de la Révolution russe de 1917 à 1921. A Varsovie, il travaille notamment à des affiches de propagande mais doit bientôt quitter son pays et fait souche à Paris avec sa femme en 1963.
Epoustouflé par la liberté de l’information et la masse de la production d’images en tous genres générée par la société occidentale, il travaille essentiellement avec une paire de ciseaux et une photocopieuse, se délecte des polices de caractères variées désormais à sa disposition. Il classe par thèmes et par couleurs des milliers et milliers d’images dans des boîtes soigneusement répertoriées : l’exposition nous en livre un certain nombre …
Lui qui a été formé à l’Est si pusillanime va travailler pour des revues féminines très glamour. Avec Peter Knapp à Elle, dont il prendra la suite comme directeur artistique et qui fera de ce magazine un média d’avant-garde. Il se lie avec Roland Topor, Fernando Arrabal, plus tard, il entre à l’agence Mafia. Il produit des images pour Prisunic, les 3 Suisses, Charles Jourdan, Woolmark, Mademoiselle âge tendre, mais aussi pour Amnesty International, Libération, Opus International ou l’Autre journal.
Naturalisé français en 1971, il continue sa production de collages : centrés, répétitifs, affiches politiques, travail pour l’édition – les couvertures des Guides Bleus, la collection 10/18 …
Ce manipulateur d’images, en prise directe avec l’actualité, créateur insatiable et engagé dont les images scrutent le monde, est un des grands graphistes qui continue à influencer la scène graphique française et internationale.
Une novation dans l'art de l'affiche dont j'aime à rappeler les grands noms : Jules Chéret (1836-1932), Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901), Steinlen (1860-1923), Alfons Mucha (1860-1939), Cappiello (1875-1942), Gruau (1910-2004), Savignac (1907-2002) ...
A noter : la présentation insolite de cet artiste dans un espace du musée totalement dépouillé de son décor lisse habituel, comme l'intérieur d'un appartement bourgeois dont les murs auraient été grattés au cutter ... déstabilisant ...
Roman Ciezlewicz, la fabrique des images, exposition au musée des arts décoratifs jusqu’au 23 septembre, à partir de 11 heures du mardi au dimanche.








