Honte à notre cécité collective ...
Une fois n'est pas coutume, je suis d'accord avec Anne Nivat*, la belle reporter de guerre - épouse de Jean-Jacques Bourdin. Elle relaye l'indignation de petites soeurs des pauvres qui "maraudent" pour soulager la détresse des sans-abris et migrants dans la cité d'Evreux La Madeleine.
On pourrait faire bien plus, collectivement, pour accueillir les sans-abris durant l'hiver, dans des tas de locaux inoccupés.
Oui, je sais, cela coûte cher, on ne veut pas créer d'"appel d'air", mais notre attitude, entre cécité et indifférence, voire hostilité, me révolte.
J'en veux pour preuve un immeuble que je connais particulièrement bien. C'était celui où j'ai travaillé pendant 19 ans ... J'ai pris ma retraite en mai 2007 et à l'époque j'y étais en charge, entre autres, des Services Généraux.
Je le connais donc sur toutes ses cloisons : 1650 m², des sanitaires impeccables, un système de chauffage parfaitement opérationnel et, même s'il est conditionné en bureaux, il peut offrir un gite pour des familles en transit vers l'occident ... Pour en faciliter la vente, nous avions réalisé un ravalement, et repeint la porte cochère dans une couleur passe-partout alors qu'elle était au préalable d'un bleu vif, notre couleur institutionnelle.
Mais ça, c'était avant : l'immeuble a été déménagé en juin 2007. Et, depuis plus de dix ans, cet immeuble est vide, il commence à se dgrader. Déjà, on remarque des déprédations : la façade est terne, des vitres brisées ... Le plus paradoxal est qu'à une période de sa "carrière", l'immeuble fut le siège d'une organisation caritative internationale, "Care" chargée de venir en aide aux réfugiés ...
N'était-il pas possible de se servir de ces locaux pour accueillir temporairement des réfugiés, n'aurait-on pas pu prendre l'attache d'une association sérieuse et solvable qui garantisse la restitution des locaux à toute requête, dans la perspectve d'un reconditionnement ...
10 ans de mise au rebut ! Pour de jeunes enfants, un hébergement de cette durée aurait pu leur offrir la perspective d'une éducation de très bonne qualité, dans un quartier où, je vous le garantis, la proportion de personnes non "souchiennes" n'est pas très élevée ... Autant d'occasions gâchées pour notre société, notre économie, notre tranquillité.
Bref, chaque fois que je passe devant cet immeuble où j'ai connu des joies et des peines professionnelles, cela me serre le coeur. Et je suis certaine que ceux de mes lecteurs qui ont partagé mon expérience se sentent tout autant concernés. Esprit de Noël, où es-tu ???
* Dans quelle France on vit, éditions pluriel, septembre 2017
