Les disparus de germinal, polar historique d'Anne Villemin-Sicherman
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Printemps 1795, an III de la République.
A Metz, comme dans de nombreuses villes de France, une émeute contre la cherté du pain. Des femmes, mères de familles, ouvrières, employées, domestiques envahissent la Maison commune aux cris de « Du pain ! On veut du pain ! »
Il est vrai que la situation politique et économique du pays est particulièrement tendue, quelques mois après la chute de Robespierre le 28 juillet 1794, événement qui a pourtant mis fin à la Terreur.
Pour faire face à une situation catastrophique (la guerre avec toute l’Europe, la disette à Paris et dans les grandes villes, l’agitation violente des royalistes et des « Jacobins »), les nouveaux membres de la Convention - les Thermidoriens - modérés inspirés par la philosophie des Lumières, ont dû prendre de terribles décisions : voter, ou non, la mort du Roi à l’issue de son procès, et entrer dans un dangereux complot contre Robespierre et le Comité de salut public qui menaçaient leurs vies.
Des groupuscules - jacobins et muscadins - se réveillent dans un pays désorganisé, se préparant à l'affrontement avec le pouvoir en place : la contre-révolution fait son chemin, hier comme aujourd'hui ...
A la suite de cette explosion de colère du 26 germinal qui va forcer le maire de Metz à rapporter sa décision de doubler le prix du pain, trois personnes qu’aucun lien ne semble relier, disparaissent : un jeune et très habile menuisier, un négociant en vins et le directeur du théâtre. C’est la jeune Félicité, jolie blanchisseuse amie du menuisier, qui se démène pour que soit retrouvé son amoureux.
Peu confiant en les compétences de la garde nationale débordée par les exactions et règlements de comptes en tous genres qui explosent depuis le changement politique, le maire confie à Augustin Duroch, le vétérinaire qui a déjà fait la preuve de sa clairvoyance, la mission de dénouer les fils de ces mystérieuses disparitions, puis, après la découverte de corps difficilement identifiables, retrouver les coupables.
Une enquête longue et difficile, qu’il va mener, comme à l’accoutumée, avec le concours de sa famille : Célia son épouse, Julien son fils vétérinaire lui aussi, Lou sa fiancée et fille de leur amie de toujours Eléonore, Rosalie leur gouvernante.
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Une intrigue complexe, une investigation difficile menée dans une ambiance de suspicion généralisée, où chacun accuse son voisin de regretter qui les sans-culottes, qui les fidèles de l’ancien régime, une atmosphère de revanche où chacun se retient d’exprimer sa pensée … des plaies toujours à vif après les bouleversements révolutionnaires : exécutions capitales à la va-vite qui parfois permettent de se débarrasser de concurrents gênants, sécularisation des lieux de culte et des biens des émigrés, pénurie de denrées dans les grandes villes, spéculation sur les biens nationaux, faillite financière de l'Etat et chute brutale des assignats …
Une situation qui présente bien des similitudes avec d’autres périodes troublées de notre histoire. Avec en plus, un hiver qui n’en finit pas et risque de se traduire par une crise frumentaire dramatique.
Pas un instant la tension de la recherche de la vérité ne faiblit au cours de ces 400 pages. Augustin, le personnage central, court tous les risques dans la plus stricte discrétion pour percer les mobiles de cette sombre affaire. Pénétrer dans les affres des protagonistes, leurs pensées contradictoires, leurs réactions parfois surprenantes … de quoi donner des idées à un show runner qui en tirerait une série télévisée passionnante.
Cependant, rien ne remplace un roman aussi bien écrit, qui m’a scotchée pendant toute une journée sans bouger de mon fauteuil !
Les disparus de germinal, polar historique d’Anne Villemin-Sicherman, 10ème enquête d’Augustin Duroch, édité chez Calmann-Lévy, 445 p., 21,90€.