Quitter le monde, roman de Douglas Kennedy
La critique de Claude :
Voilà le nouveau Douglas Kennedy, après les sombres et
brillants best sellers que furent « les désarrois de Ned Allen »,
« une relation dangereuse » ou « la femme du Vème ». Disons
tout de suite que vous y retrouverez la
patte de l'auteur : il sait raconter des histoires, ce qui est
après tout la qualité première d’un romancier. Il ne manque pas d’ailleurs de
se payer gentiment la tête du « nouveau roman français », qui a cru
pouvoir proscrire le scénario du roman, à l’époque même où l’on proscrivait
l’orthographe de l’école, le rituel de l’église (catholique), et les règles de
prudence de la banque.
Donc il y une histoire et quelle histoire ! Comme toujours, l’héroïne, belle, intelligente, honnête, mais malheureusement naïve, est la proie d’un incroyable carnaval des fous : parents abusifs, amants égoïstes, escrocs, patrons autocrates et exploiteurs, collègues sans courage. DK continue son portrait de la société américaine, en s’inspirant des figures du roman réaliste, Theodor Dreiser ou Upton Sinclair, dont l’héroïne est d’ailleurs une spécialiste universitaire. Le tableau de Harvard est aussi savoureux que celui d’un Hedge fund, les flics sont fascistes, la religiosité ultra conservatrice « tient » la société, et l’internet assure le contrôle social généralisé.
On y croit et on souffre avec Jane, que le destin frappe
encore plus durement que les hommes, mais on est quelquefois proche de la
caricature et du manichéisme : cher DK, quelques patrons honnêtes,
quelques flics sérieux – type Horatio Caine ! - donneraient plus de
crédibilité à cette descente aux enfers. L’auteur en rajoute aussi dans le
mélodrame (la vie de Vern). Mais au total, un excellent livre àlire en vacances, et un
inquiétant éclairage sur la société américaine post-subprimes.
Editeur : Belfond, traduction de Bernard Cohen, 23€.