Le pétrole dans la Seconde guerre mondiale, par Daniel Feldmann
/image%2F1371293%2F20260118%2Fob_f122b9_le-petrole-dans-la-seconde-guerre-mond.jpg)
Je ne compte plus les ouvrages portant sur tous les aspects de la Seconde guerre mondiale lus depuis ma plus lointaine jeunesse … mais à ma connaissance, celui-ci est le premier qui aborde le sujet sous l’angle de l’approvisionnement en carburant. C’est à la fois un manuel de stratégie et de logistique guerrières, une description de la première transition énergétique du XXème siècle, un atlas des ressources géologiques et une leçon de géopolitique. En un mot : passionnant.
Passer de la propulsion au charbon au carburant liquide ne recèle en effet que des avantages (voir comment on devait approvisionner un bâtiment de guerre au charbon dans « La bataille de Penang »), que les marines de guerre de tous les pays commencent à expérimenter avec succès dès la fin de la Grande Guerre. Les gisements de pétrole sont alors, pour la plupart, identifiés. En position dominante : les Etats-Unis qui seront longtemps autosuffisants, avant de capter les ressources du Mexique (provisoirement) et du Venezuela (déjà !), puis se tourner vers des indes néerlandaises.
Pour les Britanniques, l’approvisionnement vient du Moyen-Orient, sur la route des Indes. L’Allemagne, elle, dispose de quelques gisements sur la côte nord de la Baltique et en Autriche après 1938, mais va se tourner de façon spectaculaire vers la fabrication de pétrole synthétique par hydrogénation du charbon et du lignite, échappant ainsi au blocus. La France dispose d’un petit gisement en Alsace capté par l'Allemagne en 1940), des parts dans le pétrole d’Iran, et développe d’importantes capacités de raffinage. Le Japon, lui, est entièrement dépendant de l’importation.
/image%2F1371293%2F20260118%2Fob_9d7822_daniel-feldmann.jpg)
Dans l’entre-deux guerres et surtout à partir de 1937, les britanniques comme les français font l’inventaire de leurs capacités d’approvisionnement et de transport en cas de conflit. Mais ce sont les trois firmes majeures qui dominent l’économie du pétrole dans toutes ses dimensions : Jersey (Standard Oil of New Jersey), Shell (anglo-néerlandaise) et Anglo-iranian. Pour ces entreprises, l’important n’est pas la nationalité mais l’efficacité dans les affaires et le maintien de leur parts de marché. Si les états recherchent la sécurité des approvisionnements, les majors recherchent la stabilité des profits à un niveau élevé et la limitation de la concurrence. Au-dessus des états …
On pourrait faire un parallèle avec l’attitude actuelle des GAFAM …
En Allemagne, IG Farben met tout en œuvre pour développer le pétrole de synthèse dont elle maîtrise la technologie.
Le livre décrit les solutions employées par les belligérants pour produire et surtout acheminer les quantités astronomiques de pétrole requises pour les offensives, la pénurie quasi absolue des pays occupés en matière de transports, les conquêtes de la Roumanie, la Hongrie, le Caucase, la course du Japon vers le Sud (Bornéo, Sumatra).
Cependant, les estimations pessimistes de carburant des économistes ne découragent pas les offensives : « On a de l’essence pour quatre mois, cela suffira pour anéantir l’URSS ! ». Cependant, l’empire soviétique ne s’effondrera pas …
Même en Afrique, l’armée de Rommel aura été approvisionnée, malgré la déperdition entre les ports d’Italie, de débarquement en Libye et d’acheminement jusqu’à la ligne de front. L’Allemagne tiendra jusqu’à ce que ses usines de pétrole synthétique, concentrées sur une poignée de sites, soient devenues les cibles prioritaires des bombardements alliés en septembre 1944, et que la Roumanie soit envahie par l’Armée rouge. Huit mois avant leur reddition, l’Allemagne et le japon continuent donc à combattre …
Le pétrole, hier obsession stratégique des dirigeants, aujourd’hui les terres rares ? Une lecture économique de la Seconde guerre mondiale qui éclaire les options géopolitiques de notre temps.
Décidément, j'adore cette collection d'ouvrages historiques Passés/Composés !
Le pétrole dans la Seconde Guerre mondiale, par Daniel Feldmann, édité chez Passés/Composés et le Ministère des Armées, 446 p., 24€.