L'histoire du monde passe par Paris, essai de François Reynaert
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Voici un ouvrage qui rassemble une série de biographies, une sorte de Who’s Who des diasporas d’un monde violent, venues chercher refuge dans la ville auréolée des lumières de la Révolution.
Et le conteur nous raconte ces multiples histoires personnelles avec talent. On en apprend à chaque page en découvrant ceux et celles, déjà célèbres à leur arrivée ou qui le deviendront à leur retour en leur pays, ou totalement oubliés, qui ont vécu des années à Paris.
Proscrits de régimes iniques, dissidents de la doxa de leur pays d’origine, admirateurs de la littérature française ou de ses sciences humaines venus parfaire leur cursus à la Sorbonne ou au Collège de France, émigrants économiques ou transportés à l’occasion des guerres mondiales qui ont fait souche …. Tous ont un point commun : les souffrances de l’exil.
Même s’ils disposent d’un niveau de ressources leur permettant de vivre normalement (et c’est rare), ils imaginent tous revenir un jour dans leur patrie et la regrettent. Pour beaucoup, ce rêve ne se réalisera pas. Dans l’attente, ils se forment en communautés vivantes, agglutinées autour d’usines, de cafés, de salles de conférences, de lieux de cultes.
François Reynaert a choisi de mettre en lumière sept familles d’exilés, de 1830 à nos jours : les Arabes, les Polonais, les Russes, les Noirs d’Amérique et d’Afrique, les Allemands, les Asiatiques et les Latino-américains.
La France a toujours représenté un havre salvateur pour tous les « indésirables » - ainsi que qualifiait la France de Vichy les antinazis réfugiés en France avant de les livrer aux Allemands sous l’occupation.
Intellectuels polonais ne supportant pas le dépeçage à répétition de leur patrie, nationalistes maghrébins transportant leurs antagonismes partisans pendant la guerre d’indépendance, grands-ducs russes chassés par la révolution bolchevique, artistes afro-américains se entant enfin libérés du poids de la ségrégation, Juifs fuyant les pogroms de l’empire des tsars puis la progression de l’holocauste, républicains espagnols après la victoire de Franco, intellectuels d’extrême-orient venant parfaire leur connaissance de l’occident et leurs bases révolutionnaires en formant à Paris le berceau du communisme chinois, réfugiés latinos échappés de la férule des dictateurs.
Tous ont de bonnes raisons de tacher de survivre, souvent dans des conditions d’une très grande précarité, dans les galetas de la ville lumière.
Souvent mal accueillis – comme aujourd’hui – tous imprégnés de l’esprit des Lumières et surtout de la haine de la colonisation ou du totalitarisme, parfois bataillant violemment les uns contre les autres.
Certains recevront le prix Nobel, d’autres reviennent en chefs d’Etat dans leur pays… Je n’en cite aucun, mais c’est une façon de relire l’histoire du monde particulièrement bienvenue.
Et, à propos, bienvenue à Ken Folett et à la famille Clooney, désormais naturalisés français : leur geste nous honore.
L’histoire du monde passe par Paris, vie et destin des exilés dans la capitale, essai de François Reynaert, édité chez Fayard, 359 p., 23€.