Histoire de Singapour, Mémoires de Lee Kuan Yew tome 1
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J’ai retrouvé dans ma bibliothèque un ouvrage volumineux – en deux tomes de plus de 700 pages et écrit tout petit – dont m’avait fait cadeau Florence à son retour de Singapour où elle avait vécu sept ans avec sa famille. Sans doute effrayée par la somme de temps qu’il allait me falloir pour absorber tout ça, je ne l'avais jamais ouvert … Quelle erreur !
Sans doute n’avez-vous jamais entendu parler de cet homme politique qui fait figure de modèle de dirigeant moderne en Asie et ailleurs ? Savez-vous même où se situe la république de Singapour ?
C’est une île située au sud de la péninsule de Malaisie. 728 km², 5,9 millions d’habitants (1,8 en 1963), quatre langues : mandarin, malais, tamoul, anglais, un PIB par habitant de 89370 USD en 2024*, un taux de chômage de 3,2% …
Ce premier volume de mémoires de Lee Kuan Yew (1923 – 2015), le dirigeant qui a fondé cette république, décrit ses années de formation dans la Singapour d’avant-guerre, colonie britannique, l’occupation japonaise et les perturbations communistes suivies des problèmes raciaux pendant les deux années où Singapour fit partie de la Malaisie.
Lee Kuan Yew est issu de la forte communauté chinoise dont il incarne la quatrième génération, son arrière-grand père originaire du Guangdong ayant immigré en 1862, lui-même issu d’une minorité, les Hakka. Né dans une famille bourgeoise totalement intégrée, sa langue maternelle est l’Anglais. Il devra faire maints efforts pour s’exprimer en mandarin, mais aussi en hokkien et en malais afin de prononcer ses multiples discours dans la langue des différentes communautés. Il fait de brillantes études de droit à Cambridge et ouvre un cabinet d’avocat. Sa clientèle principale : les syndicats.
Très jeune, il se lance en politique avec pour objectif l’indépendance. Il fonde le Parti d’Action Populaire (PAP) de tendance socialiste en novembre 1954 et est élu à l’Assemblée législative de la nouvelle constitution du territoire où il devient leader de l’opposition.
Son action constante : la lutte contre l’entrisme communiste mais adoption simultanée de certaines de leurs techniques et méthodes (travail, enseignement, social, animation des meetings). En 1959, une nouvelle constitution accorde l’autonomie à Singapour, le PAP remporte 43 sièges sur 50 aux législatives et LKY devient Premier ministre de l’Etat autonome de Singapour à 35 ans.
Il va porter ses efforts sur la formation des hauts fonctionnaires et élaborer une stratégie pour contrecarrer les projets communistes qui fascinent une grande partie de la composante chinoise de l’île. Il lui faut conserver le soutien des classes populaire et étudiante chinoises sans contrarier les classes commerçantes et d’affaires, rallier les masses au socialisme plutôt qu’au communisme mais ne pas apparaître comme une marionnette de l’occident ….
La Malaisie ayant obtenu l’indépendance en 1957, le projet de « Grande Malaisie » englobant les peuples de Singapour, Bornéo septentrional, Bruneï et Sarawak voit le jour en 1962 sous l’égide des Britanniques.
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Lee Kuan Yew estime que sans la Malésie, l’économie singapourienne ne survivrait pas, il milite donc pour la fusion avec la Malaisie dont il est dépendant à plusieurs titres et notamment pour son approvisionnement en eau.
Bien entendu, l’Indonésie, le puissant voisin, est tout à fait opposé à cette fusion. Et en Malaisie, on redoute une « invasion » de Chinois. Des émeutes interethniques font des victimes, les affrontements entre les deux principales communautés – Chinois et Malais - sont très violents à Singapour comme en Malaisie péninsulaire, avant comme après la fusion.
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Par référendum, Singapour vote pour la fusion avec la Malaisie en 1963 (ci-dessus le portrait du Premier ministre de Malaisie Tunku Abdul Rahman), mais les tensions entre le gouvernement fédéral et Singapour augmentent, en particulier entre le PAP et le parti représentant la communauté malaise, et surtout face à la confrontation avec l’Indonésie de Soekarno qui fomente des troubles ; en 1965, la Malaisie se sépare de Singapour, reconnue comme indépendante par Londres et les Etats-Unis.
Le premier tome des mémoires s’arrête là. Le second : Du Tiers-Monde à la prospérité (1965 2000) sera pour plus tard.
En 2025, le PAP a remporté en mai 65,57% des voix aux dernières élections générales. C’est un contrat non écrit avec le peuple : une démocratie autoritaire en échange de la prospérité et de la stabilité, un état providence généreux, fort et efficace, avec redistribution des gains à la population.
Certains parlent de dictature … C’est leur point de vue, mais pas le mien. C’est un livre plein de portraits d’hommes politiques éminents, d’anecdotes, d’aveux de faiblesse et d’erreurs du dirigeant, un manuel de stratégie politique qui se lit comme un feuilleton.
Merci encore à Florence !
N.B. * 48012 USD pour la France.
L’histoire de Singapour, tome 1, mémoires de Lee Kuan Yew – publié en anglais en 2000, traduit de l’anglais par Patricia Barbe-Girault - édité par la LKW Scool of Public Policy et la National University of Singapore. Disponible en livres de poche, car en grand format … je n’ose vous dire le prix sur Internet.