Ceécy 1346, la bataille des cinq rois, par David Fiasson
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Ce n’est pas tout à fait par hasard qu’il convient en ces temps de conflits ouverts de s’attacher à comprendre la mécanique de certaines grandes batailles de l’histoire. En particulier celle de nos plus cuisantes déconvenues.
Celle de Crécy, au soir du 24 août 1346, cette autre étrange défaite, vit sur le terrain combattre cinq rois : Philippe VI de Valois, roi de France, Edouard III, roi d’Angleterre, Jean de Luxembourg, roi de Bohème, Jacques III, roi de Majorque.
Pour la France, le bilan est désastreux, et ce n’est qu’un commencement puisque viendront après Poitiers et Azincourt. La France y laisse la fine fleur de sa chevalerie : environ 6000 morts dont 1542 nobles, sur un effectif engagé de 26000 hommes, soit deux fois plus que chez les Anglais.
Pour faire court, tout s’est joué sur la suprématie des arcs longs (long bow) gallois contre les arbalétriers génois : le long bow a une cadence de tir 6 fois supérieure et sa portée est elle aussi supérieure au trait d’arbalète. D’autre part, les arbalétriers étaient, lors du rechargement, privés de leurs pavois, ces grands boucliers de protection restés en arrière dans les charriots avec les provisions de flèches.
Les Anglais s’étaient retranchés derrière un cercle de charriots. La première salve vînt des archers, puis les charges de cavalerie successives s’embourbent dans un cimetière de chevaux tués formant rempart, les chevaliers français sont alors contraints de combattre à pied et à l’épée. Parmi les chefs français, l’hécatombe est sévère, car ils sont facilement repérables grâce à leur bannière, ce qui a un impact considérable sur le moral des troupes.
Cette bataille imperdable, ce désastre français est sans doute à l’origine de la contestation de l’exercice du pouvoir par les élites du royaume, une notion largement utilisée par l’historiographie ultérieure (Voltaire, les révolutionnaires, Jules Michelet …)
Quelles leçons furent tirées de ce drame ? Une évolution lente de l’art français de la guerre, un rééquilibrage au niveau de l’infanterie et des hommes de trait, l’apparition d’une cavalerie légère à partir de 1350, la constitution par Charles V d’un embryon d’armée permanente, l’adoption d’un début de signe distinctif uniforme. Et de fait, on ne vit plus jamais de charge de cavalerie droit sur l’ennemi protégé par ses archers.
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La trêve de Calais signée en 1347 se prolongea jusqu’en 1355, essentiellement en raison de la pandémie de peste, suivie d’une très forte inflation. Le traité de Guînes, signé en 1354 ne fut jamais ratifié, celui de Brétigny de 1360 entre Edouard III et Jean Le Bon amputa la France d’une partie considérable de son territoire (Agenais, Aunis, Saintonge, Poitou, Périgord, Quercy et Rouergue) ouvrit la voie à une trêve dans la guerre de Cent Ans … Jean le Bon, capturé à Poitiers est libéré, Edouard III renonce à revendiquer la couronne de France.
J’apprécie beaucoup cette collection d’ouvrages sur les champs de bataille, co-édités par la librairie Perrin et le Ministère des Armées. Même si on ignore tout de la tactique militaire, on comprend les enjeux, les innovations technologiques, les réticences au changement, la mauvaise foi des négociateurs, les problèmes d’approvisionnement et de logistique, les conditions météorologiques, la mauvaise coordination des intervenants qui peuvent faire basculer le sort des armes.
Des réflexions souvent transposables aux conflits contemporains.
Crécy 1346, la bataille des cinq rois, par David Fiasson, co-édité par la librairie Perrin et le Ministère des Armées, 314 p., 25€