Imperator, par Mary Beard
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Complément logique du best-seller de l’autrice de « S.P.Q.R. » qui nous racontait l’histoire de Rome, voici une étude transversale des premiers empereurs romains, de l’assassinat de César (en 44 avant Jésus Christ) à Alexandre Sévère en 235 de notre ère.
Le propos, outre la description très actuelle de l’autocratie, est de replacer le souverain dans son habitat (et ses innombrables palais) et parmi ses plus proches collaborateurs. L’empereur ne régnait pas seul ni en vase clos. Mary Beard nous le montre là où il vivait, comment et avec qui il mangeait, comment il voyageait et même faisait du tourisme, comment son image était dupliquée dans tout l’empire, comment il travaillait, qui lui servait de secrétaire, avec qui il couchait, comment il se divertissait …
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Dès les premières pages, quelques constatations : parmi la liste des empereurs – certes entrecoupée de plusieurs épisodes de guerres civiles - la très forte proportion de fins de règne par des assassinats, perpétrés le plus souvent par des proches (épouse, successeur, garde personnelle, suicide « forcé »), la fréquence de l’adoption en lieu et place d’un héritier biologique …
On note également la présence indispensable de la population des esclaves, et leur fréquent affranchissement en particulier dans l’entourage de souverain, en fonction de leurs talents. Cependant, malgré cette liberté recouvrée, le mépris de classe perdure … C’est le reflet de la crainte des élites bien nées d’un bouleversement de « l’ordre naturel » de la société dans ce système autocratique.
L’ouvrage souligne aussi combien l’image des empereurs qui est parvenue jusqu’à nous résulte d’une construction compliquée, bien difficile à interpréter : un mélange de sources historiques fiables, de propagande, d’inventions et de réinventions politiques et de fantasmes sur le pouvoir, de projections d’angoisses romaines et de certaines de nos angoisses contemporaines. Car nous connaissons tous dans le monde des autocrates dont le pouvoir sans limites ressemble à celui des empereurs romains.
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Avec beaucoup d’humour et d’autodérision, Mary Beard nous emmène par exemple dans la loge de l’empereur au Circus Maximus où l’on assiste à de folles courses de chars (l’arène peut contenir entre 150000 et 200000 spectateurs – et où les femmes sont admises !), où le calendrier annuel porte sur 64 jours de courses (contre 10 seulement pour les combats de gladiateurs). Un lieu théâtral unique où le peuple pouvait voir l’empereur en personne …
Etonnant aussi, le processus de déification des empereurs décédés, enlevés vers l’Olympe sur les ailes d’un aigle … et dont le christianisme en progrès ébranlera les fondements de l'Etat …
Un pavé largement illustré, plein d’anecdotes, d’accès facile … paradoxalement très actuel !
Imperator, une histoire des empereurs de Rome, par Mary Beard, traduit de l’Anglais par Souad Begachi et Maxime Shelledy, aux éditions du Seuil, 521 p., 33€