Le regard de Jacques Chirac
Puisque tout le monde y va de son anecdote, je vais moi aussi relater ma rencontre avec Jacques Chirac …
C’était en 1973, j’avais 27 ans, des cheveux blonds bien serrés dans un chignon très sage. Nous vivions à Vannes, Claude, était directeur de cabinet de Roland Faugère, préfet du Morbihan.
Nous étions tous mobilisés pour recevoir l’épouse du président de la République Claude Pompidou, venue à Bréhan-Loudéac inaugurer un établissement de sa Fondation dédiée à l’accueil de personnes en situation de handicap.
Branle-bas de combat dans cette ville de 2000 habitants, au centre de la Bretagne, où rien ou à peu près n’était prévu pour une manifestation de ce genre : pas de salle polyvalente, de l’improvisation pour accueillir les personnalités locales, les hommes de la sécurité, les journalistes … Denise Faugère, femme d’expérience (son père avait été entre autres préfet et ministre de l’Intérieur) se démultipliait et je l’assistais en coulisses, j'apprenais le métier. Il avait fallu emprunter à toute la population des plantes vertes pour "décorer" une espèce de scène dans un café où devaient se tenir les discours, veiller à ce que l’escorte puisse s’alimenter correctement … Tout ce que l’on ne voit pas derrière ce genre de déplacement officiel.
J’avais par exemple quelques jours avant accompagné la Préfète lors du choix d’un chapeau : le protocole de l’époque exigeait que toutes les dames déjeunant avec l’épouse du président portent un couvre-chef car elle seule était réputée partout chez elle, les autres en visite … Claude Pompidou, elle, paraissait étrangement absente, vraisemblablement sous anti-dépresseurs car c’était peu de temps avant la disparition de son mari. Pour ma part, je portais un tailleur très sage, marron foncé, avec un col et des poignets en soie blancs.
A la fin des discours, Denise Faugère est venue me chercher pour me présenter au secrétaire général de la fondation : Jacques Chirac. Celui-ci me jauge d’un regard des pieds à la tête et me tend une main indifférente. Et puis Madame Faugère lui précise que je suis la jeune épouse de Directeur de cabinet de son mari … et là, tout à coup, je vois le regard de ce grand et bel homme (il avait 41 ans !) changer, devenir brillant, plonger pour un baise-main … J’étais devenue, en un éclair, une personne « regardable » …Je n’ai jamais oublié ce regard !
