Réflexions autour de l'âge de la retaite
Coup de flash sur Henri Chapier....qui continue à charmer avec sa voix de velours - la voix ne vieillit pas - à 76 ans passés (cf. son livre, et la promotion qu'il en faisait ce matin sur Europe 1).
La polémique ressurgit, elle servira de toile de fond de campagne de 2012, et bien naïfs ceux qui enterrent encore la tête dans le sable. Bien évidemment, on ne pourra pas continuer à nourrir à ne rien faire pendant quarante ans des salariés qui n'auront cotisé que trente annuités après avoir accumulé des années d'études totalement improductives ! Tout le monde peut comprendre que les solutions sont archi-simples : pour équilibrer le système de la répartition, il faut soit augmenter les cotisations de ceux qui travaillent (mais actuellement, le taquet supérieur semble avoir été atteint), soit diminuer les pensions servies, soit augmenter la durée des cotisations, substantiellement. Et pourquoi pas les trois moyens à la fois ?
Courage, Fillon ! De toutes façons, les gros bataillons des babyboomers seront déjà en retraite en 2012, donc ils pourront voter des mesures restrictives sans broncher....
L'objection arrive immédiatement : on ne peut efficacement augmenter l'âge légal de départ à la retraite quand les entreprises licencient à moins de 60 ans !
Eh oui, les entreprises licencient les salariés qui coûtent trop cher et qui ne "rendent" pas assez. Parmi ceux-ci, il arrive souvent que les plus vieux soient visés en priorité. Moins malléables, moins performants (voire !), et surtout dans leur grande majorité d'accord pour partir avant l'heure avec 75% du salaire net (pendant leur période de chômage) et des cotisations virtuelles gratuites jusqu'à l'âge où ils pourront "prendre la retraite à taux plein".....
On a tout essayé pour éviter le phénomène. On avait même institué une pénalité croissante avec l'âge pour dissuader les entreprises de procéder à ces licenciements. Cette pénalité (la Contribution Delalande) n'a dissuadé personne, surtout lorsque les salariés sont demandeurs. Car souvent, ils ne sont plus intéressés par leur travail, rien ne les retient.
Reculer l'âge légal de la retraite à taux plein n'implique pas que tout le monde doive travailler jusqu'à 67 ans ! Cela signifie simplement que chacun choisit de partir selon le niveau de la pension qui lui parait suffisant pour ses besoins. Si certaines personnes veulent partir à 60 ans et acceptent un abattement significatif sur la pension, elles le pourront toujours. Si d'autres considèrent qu'elles n'ont pas assez, et en particulier les couples recomposés ayant eu des enfants sur le tard, elles continueront. Reste à résoudre le cas des salariés ayant exercé des postes physiquement pénibles. On nous sort le cas des pompiers...pourquoi pas celui des danseurs étoile de l'Opéra de Paris pour lesquels la retraite se situe à 45 ans...Certes, il faut y réflechir. Mais ne laissons pas accaparer le débat par des situations particulières. Quel est le pourcentage de salariés du secteur tertiaire et de la partie purement administrative de la fonction publique ?
Le choix d'un départ précoce est souvent le fruit d'une soif de liberté. regardez madame Dutier (plus de 80 printemps, ici avec sa fille), commerçante au marché de Fumel. Elle travaille toujours !
A partir d'un certain moment cependant, on n'a plus rien à se prouver et on ne supporte plus tellement d'être managé par d'autres....pas forcément aussi compétents. Et pour obéir, dans le système français de La logique de l'honneur (voir le merveilleux ouvrage de Philippe d'Iribarne), il faut admirer.
Moi, j'ai choisi de partir (à 60 ans passés, ce qui est un privilège) à la fois parce que mes besoins sont relativement simples, que j'avais le nombre d'annuités nécessaires et parce que je ne souhaitais plus obéir à ma hiérarchie. Si j'avais été indépendante, j'aurais continué !
La question de l'âge du départ en retraite est donc profondément correlée avec le statut de salarié, qui implique la soumission. Et si le salariat n'était qu'une situation transitoire au regard de la longue période (comme aurait dit F. Braudel), un passage obligé dû à la révolution industrielle ? Demain, n'aurons-nous pas plutôt tendance à développer des activités individuelles de prestations de services, une logique de contrat et non plus d'asservissement ?
La question du départ en retraite sera alors envisagée autrement. Mais il faudra mettre en place un autre système de cotisations assurant la solidarité des uns et des autres. Un système obligatoire basé aussi sur la répartition, ou la solidarité entre les générations, puisqu'aujourd'hui, la crise financière aidant, plus personne n'évoque la capitalisation.
Ne rêvons pas. Mais interrogeons-nous sur les dispositions à prendre pour redonner le goût du travail aux plus de 50 ans, sans leur faire sentir chaque jour qu'ils pèsent sur le compte d'exploitation. Il faudra être imaginatifs, tant le tropisme "videz les vieux" est fort. Une question de regard, de culture. C'est pas gagné !