Alfred Brendel, tournée d'adieux (?) à Toulouse
« Le génie au piano, c’est jouer avec exactitude et audace ; c’est savoir faire la différence entre magie et métier » dit le Maître lui-même. Hier soir, nous avions droit à tout : le métier et l’audace, mais surtout la magie. Imaginez vous aussi une salle octogonale, une arène, pas le Royal Albert Hall mais tout de même….pleine jusqu’aux derniers rangs, bruissante. La scène occupe la moitié du parterre, un trapèze de bois blond. Au milieu, l’immense Steinway. L’homme s’avance, svelte, droit, élégant dans son habit de soirée un peu désuet, il se met à jouer, je vois ses mains puisque je suis placée très haut, derrière le soliste : ses doigts se reflètent sur le vernis du piano, une indéfinissable douceur dans la façons d’interrompre tout son..puis de repartir dans un éblouissant passage d’une virtuosité inouïe.
Une soirée de rêve avec un programme des plus classiques J. Haydn (variations en fa mineur), Mozart (Sonate en fa majeur, K533), Beethoven : Sonate quasi una fantasia en mi bémol majeur) et enfin Schubert (Sonate en si bémol majeur). Trois « bis » : Bach, Liszt, Chopin, deux standing ovations, le Maître salue, tout juste un peu raide, à 78 ans, après une telle performance on ne lui en veut pas, nous laissant dans les étoiles. Mais ce n’est pas tout à fait fini….Un quelconque adjoint au Maire de Toulouse, même pas le nouveau Maire, ramène Alfred Brendel sur le devant de la scène, lui décerne un compliment ridicule et lui colle la médaille de la Ville entre les mains…Pardonne-leur, Père, parce qu’ils ne savent pas à quel trésor vivant ils ont affaire….Je n’en reviens pas : j’ai entendu « en vrai » un prodige que je ne connaissais qu’en CD, depuis que je sais ce qu’est la Musique….