Nos ancêtres les Gaulois
Non, je ne vous parlerai pas de l'ineffable chanson de Boris Vian rendue immortelle par Henri Salvador, mais d'un livre paru en janvier dernier, et qui porte ce titre :
Nos ancêtres les Gaulois
Aux éditions du Seuil « L’univers historique »,
304 pages par Jean-Louis Brunaux, chercheur au CNRS (Laboratoire d’archéologie
de l’ENS), auteur de plusieurs ouvrages sur la civilisation gauloise, en
particulier les druides.
« Des Gaulois il ne reste, chez quelques-uns, que le
souvenir de la Guerre des Gaules de César et, pour beaucoup, qu’une série de
lieux communs qui, parce qu’ils ne sont plus questionnés par le discours
historique, reviennent en force dans l’imaginaire des Français : « Nos ancêtres
les Gaulois », « des guerriers indisciplinés et querelleurs », « la Gaule
préfigure la France, à la fois comme pays et comme nation », « les druides, des
magiciens et des prêtres pratiquant le sacrifice humain » et quelques autres…. ».
Le livre que je viens de terminer tord le cou à nombre de ces clichés...
Dénués donc de culture, barbares assoiffés de sang, incapables de création artistique, habitant des huttes de torchis.....Il apparait toutefois que César a
allègrement « pompé » (jeu de mot facile pour qui se souvient de
l’histoire romaine) une partie de ses descriptions d’auteurs antérieurs et en
particulier de Poseidonios d’Apamée. Les Gaulois, à part leurs druides,
n’utilisaient pas l’écriture, ce qui a nuit à leurs archives, maitrisaient les
techniques de la charpenterie (tonnellerie, chars et charrettes, vaisseaux)
mais ne construisaient pas en pierre (pas de chance pour nos archéologues !).
La guerre des Gaules, selon Plutarque, aurait tout de même causé un million de morts, un million de prisonniers, pour environ une trentaine de batailles. Les gaulois étaient en effet de redoutables guerriers, combattant parfois nus, effrayant leurs adversaires par une danse de type « haka » et maniant remarquablement la cavalerie. Ils constituaient, et de longue date, des troupes de mercenaires qui combattirent dans tout le pourtour de la Méditerranée, et bien entendu dans les armées romaines. Alors, les Gaulois : résistants ou collabos ?
Que s’est-il passé au contact de Rome : chez la plupart des peuples gaulois, qui avaient mis en place des systèmes politiques relativement élaborés voire démocratiques, on trouvait deux factions : une favorable à la romanisation qui apportait aux élites gauloises les biens de consommation et la notion du loisir jusque là inconnue (!), l’autre opposée à la soumission à Rome afin de préserver l’indépendance des chefs sur leurs peuples respectifs. Les meilleurs ambassadeurs de la colonisation romaine furent sans doute les fils des notables gaulois envoyés à Rome, selon la coutume celte du fosterage consistant à confier l’éducation des enfants en dehors du foyer familial, et qui a vite été traduite comme une prise d’otages. Lorsqu’ils revenaient en Gaule, parfois auréolés de responsabilités confiées par les Romains, ils exercèrent un influence non négligeable. Il faut lire la série « Alix » aussi. Grâce à l’habileté politique et militaire de César, qui joua les chefs de clans les uns contre les autres, la soumission des Gaules fut progressive, parfois émaillée de révoltes locales, mais l’imprégnation relativement rapide. Les gaulois, devenus (le terme a été inventé par Jules Michelet en 1836) les gallo-romains apportèrent au monde la technique de la cotte de maille, l’invention du pantalon, l’art de la teinture et de la broderie, le savon et la décoloration capillaire, sans oublier les techniques d’amendement des sols comme le fumage et le marnage. Très terre à terre, mais cela nous ressemble encore beaucoup…