Un film à voir et à faire voir
Pas pour Patrick Bruel, Cécile de France – pourtant si belle – Julie Depardieu, Ludivine sagnier ou Mathieu Amalric – tous excellents. Non, pas même pour la qualité des décors et de la photographie, le rythme volontairement lent adopté par le metteur en scène, Claude Miller. Mais parce que si notre génération a aujourd’hui levé le couvercle sur cette partie noire de l’histoire de notre pays, elle risque de ne pas assez transmettre, encore et encore, le risque de la barbarie inhérent à la nature humaine.
C’est avant tout une histoire d’amour, plus forte que la vie même et plus forte que le sentiment de culpabilité. Pour ma part, une scène m’a particulièrement touchée : un souvenir qui ne m’a jamais quittée : celui de la projection, au lycée, du film « Nuit et Brouillard ». La guerre, pour mes parents, avait constitué une opportunité. Papa avait choisi « le bon côté », il n’avait jamais cédé aux sirènes de Vichy, il s’était évadé et avait recueilli les fruits de son courage – ou de son entêtement. Mais nous ne parlions jamais de ce qui s’était passé pour les juifs. Nous n’avions pas été concernés, et les préjugés de l’entre-deux guerre avaient la vie dure. En fait, pour avoir passé la guerre au Maroc et en Algérie, mes parents ne s’étaient jamais rendu compte de ce qui s’était réellement passé en France, du rôle de la police et de la Gendarmerie en particulier. Mais je me souviens très précisément de cette projection de ciné club. Sans doute a-t-elle déterminé ma passion pour l’Histoire. Donc, il faut que les jeunes aillent voir ce film. Il est beau et bien fait. Ils en conserveront un souvenir durable.