Un pays à l'aube, roman historique de Dennis Lehane (2008).
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Après avoir tourné la page de ce fantastique roman, il me reste un seul regret : ne pas avoir découvert l’œuvre de Dennis Lehane – né en 1965 - plus tôt …
Car c’est un écrivain américain absolument remarquable, combinant un style étincelant – magnifique traduction – un récit épique, des personnages fouillés … Bref, un roman qu’on ne peut lâcher durant plus de 800 pages.
L’histoire débute à l’automne 1918, à Boston (Massachusetts). Les premiers convois des Sammies revenus de la guerre en Europe ramènent aussi une épidémie de grippe qui va contaminer tout le continent. Les policiers de la ville sont missionnés pour faire le tri des malades présentant des symptômes, à leurs risques et périls.
Le pays va devoir faire face non seulement à une pandémie, mais assurer le reclassement des démobilisés sur les postes qui ont été pourvus par des remplaçants – des femmes, des Noirs – durant leur séjour en Europe … et qui vont être brutalement congédiés. La reconversion de l’économie de guerre sera difficile.
Autre menace : de nombreux agitateurs politiques – anarchistes, bolcheviks, terroristes – diffusent leur propagande subversive et font sauter des bombes pour déstabiliser le gouvernement et mettre à genoux le capitalisme. La chasse aux gauchistes de toutes obédiences est ouverte.
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Au centre du récit, une famille d’Irlandais : Thomas Coughlin, un capitaine de district adoré de ses hommes, légende vivante de la police. Son fils aîné, Aiden – dit Danny – est agent de police et boxeur amateur, le fils cadet Connor d’un an plus jeune que Danny, est assistant du procureur, leur plus jeune frère se nomme Joe, encore à l’école. Il y a aussi le lieutenant Eddie McKenna, parrain de Danny, un magouilleur.
La famille a recueilli une jeune immigrante irlandaise, qui leur sert de domestique : Nora.
A l’autre extrémité du spectre, Luther Laurence, un jeune Noir très dégourdi, particulièrement habile au base ball, amant de Lila.
Ces personnages vont se croiser, au milieu d’une ambiance électrique. En cause, dans cette famille d’Irlandais particulièrement portés sur la bière et le whisky, les salaires dérisoires de la police : ils n’ont pas été augmentés depuis 1905 alors que le coût de la vie a progressé de 70%, les promesses d’amélioration de leurs conditions de travail n’ont pas été tenues, on les envoie se faire trouer la peau avec un seul jour de repos par quinzaine, le coût de leur uniforme et de leur équipement est retenu sur leur paye.
Ils en viennent au point de s’affilier au syndicat national AFL, et parlent de grève. Pour la municipalité, intransigeante, c’est franchir une ligne rouge. Le conflit est imminent, et au cœur de celui-ci, le charismatique Danny, qui semble se tirer des plus invraisemblables situations : une explosion criminelle, des balles et des estafilades, des bagarres homériques …
Des scènes d’anthologie : en ouverture, un match improbable entre une équipe de professionnels – naturellement des Blancs et comportant le meilleur batteur du moment – et des Noirs, le désastre de l'explosion de l'usine de mélasse, et surtout la description des émeutes qui mettent la ville à feu et à sang. Et au milieu, aussi, deux belles histoires d’amour.
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Une manière de brosser un tableau inhabituel des Etats-Unis juste avant la cessation définitive des combats en Europe, la difficile intégration des immigrés, le mépris voire le lynchage des Noirs … L’attitude pour le moins indécise du président Wilson, sans compter la perspective imminente d’une loi décrétant la prohibition.
Une clé pour comprendre les ressorts de la vie politique américaine contemporaine aussi ...
Que demander de plus à cet auteur que je classe désormais parmi mes écrivains préférés …
Un pays à l’aube – The Given Day - roman historique de Dennis Lehane traduit par Isabelle Maillet, édité chez Rivages/Noir, 856 p., 12,50€.