Kolkhoze, récit d'Emmanuel Carrère
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Un récit, sur quatre générations, d’une famille exceptionnelle.
Leur destinée de réfugiés fuyant la révolution russe, apatrides mais résolus à tous les efforts pour survivre malgré la pauvreté et le déclassement social mais toujours fiers de leur ascendance aristocratique, un travail acharné, des études brillantes …
C’est Emmanuel, le fils aujourd’hui journaliste, écrivain et cinéaste reconnu qui raconte, aidé par les recherches généalogiques de son père écrasé par la brillante carrière de sa femme : Hélène Carrère d’Encausse née Zourabichvili à Paris en 1929, super immortelle puisque secrétaire perpétuelle de l’Académie française, mais morte le 5 août 2023.
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Un exercice d’introspection familiale sans indulgence, ni pour sa mère, ni pour lui-même - lui qui fait part de sa bipolarité. Car cette saga a aussi ses zones obscures, que l’auteur ne néglige pas. Deux ans après la disparition de ses parents – dont il ne nous épargne aucun détail - il brosse de sa mère un portrait très « contrasté ».
Un texte dense mais fluide, qui fait entrer en scène une foule de personnages particulièrement hauts en couleurs, ceux de sa famille élargie mais aussi de toutes les personnalités rencontrées, émaillé de règlements de comptes – comme le portrait de Michel Baroin, le patron de Louis, père d’Emmanuel.
La saga d’un couple mal assorti : elle, brillante mais intransigeante, sans indulgence, menteuse, restant marquée à vie par son attachement à une Russie perdue, devenue cependant dans son pays d'adoption et à l'international l’oracle de l’histoire politique de l’URSS puis de la personnalité de son actuel président – elle déclarera cependant qu’il est bien trop intelligent pour attaquer l’Ukraine. Comme quoi, les plus intelligents peuvent lourdement se tromper.
Cet ouvrage sème en moi un vague doute sur les livres d’Hélène Carrère d’Encausse que j’ai lus pourtant avec un grand intérêt …
L’auteur sait de quoi il parle. Il explique très finement quels sont les sentiments des Russes sur cette guerre, et la détresse des Ukrainiens sous les bombardements. Il est allé sur le terrain, comme il s’est rendu aussi en Géorgie, berceau de sa famille pour y rencontrer sa cousine, Salomé Zourabichvili, qui fut ambassadrice de France à Tbilissi puis élue présidente de la République de Géorgie.
C’est aussi une explication de la genèse de ce livre que l’on referme sur les derniers instants de cette mère hors norme. Pas terrible pour une lectrice comme moi se bat jour après jour contre un cancer !
Une précision sur le titre du livre : lorsque leur père Louis partait faire ses tournées d’inspection en province, Emmanuel, Marina et Nathalie tiraient deux matelas dans la chambre de leur mère, la plus jeune des filles dormant à son côté. C’est ce qu’ils appelaient « faire kolkhoze ». ….
Kolkhoze, par Emmanuel Carrère, édité chez P.O.L., 558 p., 24€