Bigmammy en ligne
Bigmammy en ligne
Bigmammy en ligne

Journal de bord d'une grand-mère grande lectrice et avide de continuer à apprendre, de ses trois filles et de ses 6 petits-enfants.
Voir le profil de Bigmammy sur le portail Canalblog

Newsletter
Archives
Derniers commentaires
22 juin 2025

La prohibition. Interdire pour une Amérique meilleure ? par Annick Foucrier

De cette époque, nous ne connaissons souvent que les innombrables films hollywoodiens qui ont connu un grand succès au cours des dernières années. Voici un livre plus utile pour comprendre les clivages de la société américaine d'hier et surtout d'aujourd'hui.

Son sous-titre évoque une Amérique meilleure – avec un point d’interrogation -  comme aujourd’hui « à nouveau plus grande ou MAGA ». C'était l'objectif de l’interdiction drastique du commerce de l’alcool édictée par le 18ème amendement à la Constitution ratifié par le 36ème Etat en janvier 1919.

Pourquoi la prohibition ?

En 1810, le whisky coûte 10 cents le gallon et l’eau gazéifiée 5 cents le verre. La mauvaise qualité générale de l’eau n’explique cependant pas totalement la très forte consommation d’alcool à la fin du XIXème siècle. Plus disponible et moins cher, l’alcool est considéré comme un fortifiant. La production de céréales est plus facile à transporter une fois distillée, le whisky se généralise avec l’arrivée d’immigrants irlandais et écossais. La première loi de prohibition intervient contre la vente aux soldats et aux Indiens dès 1802.

Les sociétés de tempérance fleurissent, elles regroupent 30% de la population en 1830, dont une forte proportion de femmes. Plusieurs Etats prennent des dispositions restrictives, certains ferment les saloons, lieux de perversion. Cependant la guerre de Sécession ralentit le mouvement. Lincoln finance la guerre par un impôt sur le revenu et une taxe sur la production d’alcools forts – qui produit avec celles sur le tabac 90% des ressources fédérales.

A partir de 1850, la lutte pour la tempérance est étroitement associée à la lutte pour l’abolition de l’esclavage et le droit de vote des femmes. Cependant, après la guerre de Sécession, la consommation d'alcool augmente, les producteurs constituent des trusts. 80% des saloons dépendent des brasseries et parallèlement s’accroît la corruption des hommes politiques et la fraude électorale : on échange des voix contre une protection pour les activités illégales.

Le parti démocrate soutient les saloons (très fréquentés par les immigrés irlandais), les lois restrictives locales sont régulièrement abrogées et/ou elles ne sont pas respectées. Les bootleggers et les rum runners échappent facilement à la surveillance des frontières poreuses car très étendues.

Puis vient la période des progressistes (1890 – 1920) qui luttent pour adopter des réformes et contre les maux de la société (dont la loi anti-trust). Les progressistes s’efforcent de reprendre le pouvoir accaparé par les dirigeants des grandes entreprises.

Le gouvernement fédéral est réticent car il craint une diminution de ses recettes fiscales. L‘entrée en guerre en Europe des Etats-Unis à la suite du scandale du télégramme Zimmermann redonne un élan au mouvement pour la prohibition.

Le 18ème amendement est néanmoins voté. Il interdit la production, la vente ou le transport de boissons alcoolisées, mais pas la consommation personnelle. Il est ratifié par le 36ème Etat le 29 Janvier 1920, suivi par une loi d’application.

Les effets sur la santé publique sont rapidement visibles : la paie de l’ouvrier revient à la maison, il y a moins d’accidents, de crimes, le domicile des salariés est mieux tenu, l’absentéisme diminue et la productivité augmente. Mais les moyens de contourner la loi – fraude, contrebande, guerres de territoires des gangs, corruption, fabrication illégale et toxique – se développent.

Dans les années 20, le trafic est aux mains de gangsters juifs, italiens et irlandais, jeunes et relativement inconnus. Al Capone reprend les affaires du caïd Johnny Torrio à Chicago. Son procès spectaculaire se tient en 1931, il sera condamné pour n’avoir pas déclaré ses revenus issus des activités illicites (crime fédéral).

Après 1925 – 1926 se développe un mouvement anti prohibition, très hostile à l’accroissement du pouvoir fédéral. L’Association contre l’amendement sur la prohibition, fondée en 1910, se rapproche du parti démocrate en 1928. L’AAPA reproche à l’Etat fédéral de ne pas être capable de protéger les familles « la prohibition n’a pas su tenir ses promesses ». La crise économique va faire basculer l’opinion publique qui rend les républicains responsables de la crise économique.

Le démocrate F.D.Roosevelt est élu en novembre 1932. En décembre 1933, le 21ème amendement abroge le 18ème. La lutte contre l’alcool est désormais dévolue aux Etats, d’où un patchwork de comtés « wets » et « drys ». Le crime organisé s’est adapté, structuré sur ses autres activités illicites. La libéralisation du commerce de l’alcool aura enrichi les producteurs et les marchands, aux Etats-Unis et au Canada, rempli les caisses des Etats mais pesé sur les ressources des plus pauvres.

Et perdurent les clivages politiques et culturels qui sont constitutifs des Etats-Unis : le rejet de l’emprise de l‘Etat fédéral, le rôle des évangélistes, la sanctuarisation de la liberté individuelle et de la propriété, le rôle des très grandes entreprises plus fortes que les politiques, le conservatisme des classes moyennes blanches, le rejet des élites et la puissance des groupes de pression.

Une expérience à décoder et transposer chez nous en ce qui concerne les projets de dépénalisation du commerce de stupéfiants ?

 

La prohibition. Interdire pour une Amérique meilleure ? Par Annick Foucrier publié chez Armand Colin, 266 p., 23,90€

Commentaires
Pages
Visiteurs
Hier 798
Depuis la création 7 803 017