L'heure des prédateurs, essai de Giuilano Da Empoli
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Quelle douche glacée après l’optimisme – très mesuré – de Frédéric Encel !
Selon l’auteur, dont j’avais apprécié le roman précédent, « l’heure des prédateurs n’est au fond qu’un retour à la normale. L’anomalie ayant plutôt été la courte période pendant laquelle on a pensé pouvoir brider la quête sanglante du pouvoir par un système de règles. » Triste constat sur le brutalisme qui nous submerge ...
Exit donc, l’esprit des Lumières, les principes de la démocratie et de d’état de droit, et place désormais à la force brute de ces nouveaux dirigeants qui agissent sans remords au mépris des règles qui régissaient le monde depuis plus de deux siècles.
Notre époque a basculé dans une sorte de retour aux condottieres de la Renaissance et aux comportements de ceux qui sont dans l’action, à l’instar de César Borgia et des adeptes de Machiavel. La fin politique justifie tous les moyens.
« Ainsi, les destins de nos démocraties se jouent de plus en plus dans une sorte de Somalie digitale, un Etat en faillite à la mesure de la planète, soumis à la loi des seigneurs de la guerre numérique et de leurs milices. » Car le socle sur lequel reposait l’ancien monde s’est effondré. Le chaos n’est plus l’arme des rebelles, mais le sceau des dominants.
Les nouveaux maîtres du monde sont des manipulateurs d’opinion, des oligarques des bases de données, des virtuoses de l’intelligence artificielle. Nous les connaissons tous, inutile de les nommer – j’aurai bien trop peur d’être « logée » par un algorithme de censure !
Ce livre bref – une suite de récits de rencontres au sommet avec des plus hauts dirigeants, de portraits acérés, donne l’alerte aux démocrates désormais "old style" et recueille déjà un grand nombre de lecteurs, fait froid dans le dos mais ne propose aucune alternative.
Il est toutefois salutaire de savoir s’informer, mais tout cela est bien inquiétant, et fait le lien avec le récent ouvrage d’Antoine Lefébure « Vie et mort du secret d’Etat ».
L’heure des prédateurs, essai de Giuliano da Impoli, édité chez Gallimard, 152 p., 19