ROCARD, une biographie internationale par Vincent Duclert
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Quelques réflexions en préambule : de 2019 à 2021, Vincent Duclert a présidé la Commission française d'historiens sur le rôle de la France au Rwanda, à la demande du président de la République Emmanuel Macron.
Son ouvrage décrit avec une foule de références d’archives retrouvées et jusque-là non seulement jamais étudiées mais parfois sciemment écartées, le rôle exceptionnel du rapport d’enquête fourni par l’ancien Premier ministre dans la révélation de la vérité sur le génocide des Tutsis et des Hutu modérés survenu en 1994.
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Pour ma part, j’ai toujours éprouvé une sincère admiration pour Michel Rocard, pour son honnêteté scrupuleuse, sa capacité de travail et sa rectitude politique. Il fait partie pour moi de la cohorte des hommes de bien que notre classe politique dépourvue de vision à long terme ait constamment écarté du pouvoir car ils disaient la vérité et œuvraient pour la paix : Clemenceau, Mendès-France, Raymond Barre, Jacques Delors …
Comme son titre le précise, l’ouvrage s’attache à mettre en valeur le courage, la constance, la clairvoyance de Michel Rocard dans ses prises de positions en politique internationale, jusqu’aux derniers instants de sa vie. Il est centré principalement sur quatre dossiers : les camps de regroupement des populations civiles en Algérie, les accords de Matignon pour la paix en Nouvelle-Calédonie, le génocide au Rwanda, le conflit Israélo-Palestinien.
Il faut dire qu’il commence très fort, dès 1958, envoyé en Algérie comme Inspecteur des finances tout frais émoulu de l’ENA, il rédige et transmet au plus haut sommet de l’Etat un rapport terrifiant sur la pratique de l’armée française consistant alors, sans aucun contrôle, à parquer les paysans dans des camps afin de tarir le soutien que les populations pouvaient apporter au FLN.
Et ces gigantesques camps de regroupement de plus d’un million d’hommes, femmes et enfants manquent de tout et deviennent des mouroirs. Une note sobre, détaillée, pourvue d’une longue annexe statistique, mais un vrai brûlot, une enquête qui révèle l’un des secrets les mieux gardés de la guerre et dont le souvenir explique sans doute en partie la haine que nous vouent aujourd’hui nos anciens colonisés. Sans oublier l’aspect politique de l’antagonisme absolu qui oppose dès lors Rocard à Mitterrand, alors ministre de la justice et que Rocard qualifie « d’assassin ».
Peu de détails sur la méthode Rocard dans la résolution de la guerre civile en Nouvelle-Calédonie en 1988, qui permit un sursis d’une trentaine d’années : sans doute parce que le sujet redevient aujourd’hui d’une brûlante actualité.
En revanche, Michel Rocard remet le couvert pour faire éclater la vérité dans le rôle de la France et plus particulièrement les décisions exclusives du Président de la République François Mitterrand dans le soutien inconditionnel de la France apporté au président rwandais Habyarimana, sans en référer jamais à son Premier ministre. Et je ne divulguerai pas ici l’essentiel de ces analyses car les révélations sur les liens interpersonnels entre les deux présidents et leur entourage proche sont comme une grenade dégoupillée, ce qui explique pourquoi les rapports de Michel Rocard ainsi que ses interventions en Commission d’enquête parlementaire aient été systématiquement torpillés par les équipes mitterrandiennes.
Les passionnés de politique se souviennent de cette période où tout a été fait pour empêcher Michel Rocard (1930 - 2016) d’accéder au pouvoir en 1988. On découvre aujourd’hui la vision internationale d’un artisan inlassable de la paix, figure de la gauche française et européenne, anticolonialiste ardent et démocrate d’une fidélité sans faille à ses engagements de jeunesse.
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Cet ouvrage n’est pas seulement le fruit du travail d’un spécialiste des génocides, mais un manifeste pour une méthode de dialogue, de respect, de connaissance objective des peuples qui permet une négociation efficace pour résoudre des conflits a priori irréconciliables : la méthode Rocard. Puisse-t-elle inspirer ceux qui sont aujourd’hui confrontés, partout dans le monde, à des telles exigences.
"Eclairer la République, informer ses citoyennes et ses citoyens, proposer à la société et aux Etatsdes imaginaires démocratiques." L'espoir de Michel Rocard dans la vérité historique qui répare le passé et fonde l'avenir, à condition que les responsables poitiques s'en saisissent plutôt que la réprimer et la faire disparaître.
La publication de ce livre par un éditeur éminent (Passés/Composés, issu de la fusion Belin et SCOR) et que j’apprécie particulièrement, en fait un ouvrage de référence.
Plus de documents sur le site michelrocard.org.
ROCARD, une biographie internationale par Vincent Duclert, dans la collection Passés/Composés, 364 p., 23€