Du Var à Toulouse en vélo à 88 ans !
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Mon cousin Henri - 88 ans - est un retraité particulièrement sportif, adepte de la petite reine. Je suis en admiration devant ses performances cyclistes, et je parie que son récit interessera mes lecteurs :
A Grenoble, j'avais fait construire, sur mesure, un vélo de route de marque Daniel CATTIN.
Trente-huit ans plus tard, après bien des randonnées sur de longues distances ou en montagne, sur des sentiers GR, ce vélo est toujours prêt à rouler. Cependant, après la location d'un vélo électrique, l'idée m'est venue de « recycler » en quelque sorte le mien en le faisant équiper, à la fin de l'année 2023, par le même constructeur, d'un moteur électrique sur le moyeu de la roue arrière et d'une discrète batterie, en forme de bidon, fixée sur le cadre. L'ensemble, pour un poids total de seize kilogrammes.
L'essai de ce vélo à assistance électrique sur une distance de plus de cinq cents kilomètres, à l'occasion du Congrès à Toulouse était donc une belle opportunité.
Le choix des équipements est facile puisque l'hébergement est en hôtel. Mais l'obligation de plusieurs tenues, de pluie, de rechange et de gala (avec cravate) alourdit le bagage, sans oublier la trousse de réparation, le chargeur et les vivres de course !
Le vélo chargé, il ne reste plus qu'à pédaler de La Londe les Maures (Var) jusqu'à Toulouse selon les cartes routières et la récente IGN 924 : Voies vertes et Véloroutes de France.
Mardi 28 mai. De La Londe les Maures à Château-Neuf le Rouge
Après avoir monté la vallée du Gapeau et traversé Saint-Maximin la Sainte Baume, l'étape de Châteauneuf-le-Rouge, peu avant Aix-en Provence est atteinte.
L'hôtel, un quatre étoiles, en bordure de l'ancienne nationale7, sur le tracé de la voie romaine de l'empereur Domitien, accueille des séminaires mais ne comporte pas de garage à vélos !
Mercredi 29 mai. De Château-Neuf le Rouge à Arles.
La traversée d’Aix-en-Provence dure deux heures. Les sorties de la ville sont mal signalées et, après de longs détours, je trouve enfin la route tranquille d'Eguilles. A Saint Martin de Crau, treize kilomètres avant Arles, les choses se compliquent.
Ne trouvant pas le fléchage de Raphèle-lès-Arles à la sortie de Saint Martin, j'avise une automobiliste qui m'indique une direction. Je m'engage alors, avec circonspection, sur une curieuse route, à deux voies séparées, sans péage et sans panneaux d'interdiction aux piétons et aux cyclistes.
La bande cyclable est d'une largeur généreuse, sauf aux passages inférieurs, et curieusement, jonchée de débris de pneumatiques. De fait, elle ressemble davantage à une voie d'arrêt d'urgence.
Les coups d'avertisseur répétés des poids lourds et d'une ambulance me font comprendre que ma présence est anormale et que je dois quitter au plus vite cette voie dangereuse.
La sortie n°7 est fermée pour cause de travaux. Je continue donc de rouler en cherchant une issue à ce piège. Enfin, un panneau de signalisation indique une bretelle d'accès à la voie sur laquelle je me trouve. Je n'aurai pas d'autre choix que de sortir à contre sens, à pied, le vélo à la main, pour ne pas devoir traverser le pont sur le Grand Rhône. Il ne me reste plus que cinquante mètres à rouler. C'est alors que je suis dépassé et bloqué par la voiture d'une patrouille de police.
Le chef de patrouille me demande ce que je fais, à vélo, sur une autoroute. Je lui montre ma feuille de route affichée sur la sacoche avant, la réservation d'hôtel à Arles et plaide l'erreur. La tension baisse d'un cran.
« La circulation des vélos est interdite sur les routes nationales... Vous venez de loin... Votre hôtel, on le voit d'ici. Nous allons vous aider à sortir en sécurité, à pied par cette bretelle d'accès ». « Merci pour votre aide ».
Et l'affaire en reste là, à l'amiable !
Jeudi 30 mai. De Arles au Cap d'Agde.
Paradoxe, pour sortir d’Arles et traverser le Grand Rhône tout proche, il me faut utiliser la piste cyclable qui passe, en tunnel, à l'intérieur du pont de l'autoroute ! Je prends ensuite la direction de d’Aigues-Mortes par les voies paisibles de la Camargue, bordées de chevaux blancs et de taureaux dans les prés.
La signalisation indigente des villes côtières traversées telles que La Grande Motte et Palavas-les Flots, allonge le parcours mais la traversée de Sète et la longue piste cyclable à partir de la Plage de la Corniche, chère à Georges Brassens, est poétique.
Cependant, le vent de face permanent et les kilomètres supplémentaires vident la batterie. Au-delà de 115 kilomètres, il n'y a plus d'assistance électrique. J'arrive à 19 heures à l'hôtel après dix heures de route et 135 kilomètres au compteur.
L'hôtel est excellent et la restauration très fine. C'est d'autant plus réconfortant que j'ai droit à la journée de repos prévue le vendredi 31 mai.
Samedi 1er juin. Du Cap d'Agde à Carcassonne.
Du Cap d'Agde à Béziers, la route est difficile. C'est une départementale à voies séparées, étroites, avec bande cyclable sur laquelle le souffle des véhicules bouscule.
Enfin Béziers ! L'Office de tourisme me fournit le tracé du Canal des Deux Mers et je m'empresse de gravir le chemin des neuf écluses consécutives de Fonseranes. Cependant, au-delà, la piste n'étant pas goudronnée, je reprends la route «la Minervoise» jusqu'à Carcassonne qui longe ou croise régulièrement le canal.
Pénétrant dans la Cité à la recherche de l'Office de tourisme pour localiser mon hôtel, je dois faire face, le vélo à la main, à une horde de touristes dans les étroites ruelles médiévales.
L'hôtel, en dehors de la Cité, est finalement trouvé malgré le refus de renseigner d'une pharmacienne débordée disant qu'elle n'est pas un G.P.S. !
Dimanche 2 juin. De Carcassonne à Toulouse.
Me voilà donc sur l'ancienne voie romaine d'Aquitaine qui allait jusqu'à Bordeaux.
A proximité du passage géographique obligé du seuil de Naurouze, on remarque, très proches de l'ancienne voie d'Aquitaine : le Canal des Deux Mers, la voie ferrée et naturellement, l'autoroute.
Ce trajet historique est agréable. Vingt kilomètres environ avant Toulouse je reprends la voie sur berges du canal qui me conduit, en centre-ville, jusqu'à l'hôtel du Congrès situé juste sur l'autre rive.
La randonnée à vélo est terminée. J'ai roulé sur 550 kilomètres avec un vent de face permanent mais sans pluie, avec des rencontres sympathiques. Le vélo à assistance électrique est l'avenir du cyclotourisme !
La dernière étape commence, celle des trois jours du Congrès, pleine de paysages de Cordes sur Ciel et de tableaux du musée Toulouse-Lautrec.
Le retour à la maison s'effectuera en trains inter-cités et T.E.R. dans lesquels les vélos non démontés sont acceptés.
Dans la gare de Toulouse-Matabiau, je perds mon téléphone portable. Mais quelques jours plus tard, je reçois un appel de Claude Messaz me demandant de rappeler d'urgence le Bureau des Objets Trouvés de la gare et, simultanément, un message sur Internet de la SNCF. J'envoie trente euros par chèque selon les instructions et une semaine plus tard, un transporteur me livre le précieux téléphone.
Par quelles voies la SNCF a-t-elle pu accéder au numéro de Claude Messaz et à mon adresse dans le téléphone portable ? Mystère, mais en conclusion, un retour à la maison après une randonnée sans crevaison ni accident, suivie d'un congrès mémorable et un téléphone retrouvé, quelle chance !
Henri Pigaglio
N.B. : il n'a pas tellement vieilli, n'est-ce pas ?
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