Mesopotamia, roman d'Olivier Guez
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Un ouvrage complexe mais éclairant … A la fois étude historique d’une région et d’une période cruciales dans la situation géopolitique contemporaine et biographie romancée d’une femme d’influence exceptionnelle.
De Gertrude Bell – à la différence de son exacte contemporaine et grande voyageuse en Orient Alexandra David Neel – j’ignorais tout. Je n’ai pas vu le film de Werner Herzog dans lequel elle est incarnée par Nicole Kidman. Et de la formation laborieuse de l’Irak à la suite de la Grande Guerre, pas grand-chose. Mais ce roman, et surtout le style orientalisant d’Olivier Guez, nous fait franchir avec grâce tous ces obstacles.
Gertrude Bell (1868 – 1926) est une aristocrate issue d’une famille d’industriels richissimes. Surdouée sans aucun doute, multidiplômée de l’université d’Oxford, archéologue, exploratrice, photographe, alpiniste, agent des services secrets britanniques, polyglotte (Persan, Arabe, etc …) elle parcourt le Moyen-Orient et conseille au plus haut niveau les autorités britanniques pour modeler le Moyen-Orient en pleine mutation politique après la défaite de l’Empire Ottoman en 1919.
Amie de Laurence d’Arabie, elle va consacrer toute son énergie à propulser le prince hachémite Fayçal à la tête de l’Irak, sous le contrôle étroit de l’empire britannique.
En 1921, cela fait cinq ans qu’elle assemble et raccommode les pièces d’un puzzle de peuples antagonistes : sunnites, chiites, kurdes en un état irakien qui sera le barycentre du nouveau monde hydrocarburé. Mais elle se leurre … il n’y aura jamais d’état de grâce de la part des chiites et des kurdes face à un souverain hachémite.
Travailleuse acharnée, elle dérange naturellement la hiérarchie locale britannique qui supporte mal l’importance que ses analyses et ses contacts procurent à la Couronne. Et dans le même temps, terriblement conservatrice – et opposée au mouvement en faveur du droit de vote des femmes - elle reste pétrie des valeurs de son temps et de son monde : sa vie sentimentale est émaillée d’échecs. Elle mourra définitivement seule … et vierge.
C’est le roman d’une vie et d’une région à jamais source de conflits, d’une rivalité entre deux impérialismes à couteaux tirés – France et Angleterre – dans une époque de bouleversements économiques toujours en devenir, entre tempêtes de sable et thés dansants …
Grand jeu géopolitique et mesquineries de cabinets ministériels. Comment ne pas s’y laisser broyer ?
Mésopotamia, roman d’Olivier Guez édité chez Grasset, 414 p., 23€