Blum le magnifique, biographie par F. Salat-Baroux (rediffusion)
Revenir aux sources des idées politiques si malmenées en cette période troublée : qui a dit récemment que Léon Blum se retournerait dans sa tombe face aux événements du moment ? Je republie aujourd’hui un billet sur une de ses récentes biographies.
Qu’est-ce qui pousse un ancien haut fonctionnaire à écrire un ouvrage sur le leader du Front populaire ? Trois points communs : leur commune appartenance au prestigieux « Grand Corps » du Conseil d’Etat, leur judéité, la volonté réformatrice de Léon Blum et du général De Gaulle.
Ce livre n’est pas exactement une biographie, il en existe plusieurs, plus ou moins passionnantes et souvent hagiographiques *. Il s’arrête justement au moment où Blum accède au pouvoir en 1936. Le plus célèbre, le plus vénéré et le plus haï des hommes politiques juifs de la France contemporaine, pour qui tout commence à cinquante ans. Le livre s’ouvre cependant sur la tentative de lynchage qu’il subit le 13 février 1936 à l’intersection du boulevard Saint-Germain et de la rue de l’Université.
Voici une analyse de l’évolution psychologique d’un surdoué, dandy myope à la capacité de travail illimitée, longtemps tiraillé entre deux carrières – et plusieurs femmes - tard entré mais avec efficacité en militantisme, au gré de deux événements majeurs de la vie politique française : l’affaire Dreyfus et la rencontre avec Jean Jaurès.
C’est d’abord un hymne à la fidélité et à l’amour des français de confession ou de racines juives pour la patrie des Lumières qui, la première, leur a offert la citoyenneté. En France comme pour tout juif européen de cette époque déjà largement empreinte d’antisémitisme, la question obsessionnelle est de concilier l’assimilation à la patrie et la fidélité au judaïsme. La culture nationale en est le terrain idéal : la langue, la littérature, le service de l’Etat aussi. En s’y engageant, un Juif n’a pas le sentiment de transgression, d’illégitimité.
La jeunesse de Léon Blum est marquée par l’amour familial auprès de ses quatre frères, dans une famille parisienne de commerçants aisés. Mais il n’amassera aucune fortune, restera sa vie durant, locataire. Il lui faudra des étapes longues et douloureuses pour passer de la poésie à l’action, du rêve artistique à l’affirmation de sa vocation de chef.
En 1896, Blum entre au Conseil d’Etat, cathédrale de la République, il se marie avec Lise. Le détonateur de son entrée en politique sera la défense du Capitaine Dreyfus à l’occasion de laquelle il fera la rencontre décisive de Jean Jaurès, dont il devient le disciple et auprès duquel il fait son apprentissage en politique et en socialisme … et aussi auprès de l’autre femme de sa vie, Thérèse la militante. Mais il n’abandonnera pas Lise pour autant.
Une analyse de la réflexion sur le socialisme, ses penseurs, ses écoles, comment se positionner comme orthodoxe, réformiste, révisionniste, et ce, toujours par rapport à l’analyse économique et la philosophie de l’histoire de Marx.
La partie la plus intéressante est l’étude de la pensée de Léon Blum vis-à-vis de l’exercice du pouvoir. Il refuse en 1920 l’adhésion à la IIIème internationale comme la remise en cause des institutions parlementaires. Il souhaite néanmoins reprendre cette République depuis ses fondements. A distance, en faisant le choix de la conservation du régime quelques années plus tard, il « entame un dialogue respectueux mais dos à dos, avec la haute figure du général De Gaulle. »
La boucle est bouclée pour l’auteur.
Blum le Magnifique, du Juif « belle époque » au leader socialiste. Essai de Frédéric Salat-Baroux, publié aux éditions de l’Observatoire en 2020, 251 p., 20€.
* entre autres, par Jean Lacouture, Philippe Collin, Ilan Greilsammer, Frédéric Monnier, Joël Colton ....